WINTZENHEIM 39-45

Deux résistants français à Wintzenheim

Alice Schmitt et Lucien Grosperrin : déportés

Deux résistants français à Wintzenheim : Lucien Grosperrin (1916-1945) et Alice Schmitt (1923-1998)

Au moment de la déclaration de guerre du 3 août 1939, Lucien Grosperrin, lieutenant, est en poste au Centre de mobilisation de Wintzenheim. Au sein du 28e RIF, régiment d’infanterie de forteresse, il commande au cours de l’hiver 1939 et du printemps 1940 une casemate du secteur de Dessenheim et la défend le 15 juin 1940 contre l’arrivée de troupes allemandes de la VIIe Armée allemande du général Dollmann qui franchit le Rhin entre Schoenau et Neuf-Brisach. C’est là qu’il est fait prisonnier et interné à l’Offizierslager ou OFLAG V A de Weinsberg (Kreis Heilbronn), où va fonctionner une filière d’évasion. En octobre 1943, on le libère avec le statut de travailleur civil. Professeur dans une École primaire supérieure (EPS) avant la guerre, où il enseignait la langue et la littérature allemande, il trouve un emploi contractuel de professeur de français à l’école Berlitz à Fribourg-en-Brisgau.

À la même époque, Alice Schmitt, de Wintzenheim (Haut-Rhin), est en cours de formation de dernière année de la voie générale et pédagogique à l’École primaire supérieure (EPS) Pfeffel de Colmar. L’Alsace est annexée. L’administration civile allemande a expulsé les préfets des départements du Rhin, pris le pouvoir et germanise totalement la vie publique et administrative. Les autorités allemandes ne laissent le choix aux enseignants alsaciens qu’entre la reconversion professionnelle et idéologique, l’Umschulung (um-schulen, réorienter la formation, changer de voie) et le travail forcé. Pour les jeunes gens et jeunes filles en cours d’études, elles organisent un cursus spécial et transitoire de formation au diplôme allemand d’enseignant, le Sonderlehrgang, sanctionné par l’obtention du diplôme allemand. La troisième promotion 1941-1942, dont Alice Schmitt fait partie, étudie, entre octobre 1940 et septembre 1942, à la Hochschule für Lehrerbildung, l’École supérieure de formation des maîtres de Karlsruhe. Dès le début de l’annexion allemande de l’Alsace, Alice Schmitt et sa mère rendent de signalés services à la Résistance alsacienne en cachant à Wintzenheim des prisonniers de guerre évadés du camp de Weinsberg et en les munissant de vêtements civils. Au printemps 1942, Alice fait partie du réseau de renseignements Kléber-Uranus d’évasion.

Alice Schmitt et Lucien Grosperrin se sont rencontrés dès 1939-1940 à Wintzenheim. En effet, le Centre de mobilisation de Wintzenheim installé dans une usine désaffectée, l’ancien atelier de tissage Haussmann près de la maison Andrès, était situé juste en face de la maison où habitaient alors les grands-parents d'Alice, Louis Schmitt et Anna Meyer, au 99 rue Clemenceau. En 1942, membres et maillons d’une même filière d’évasion de prisonniers de guerre déjà mentionnée, ils vivent une histoire d’amour. Lucien était bien accepté dans la famille. En 1943, Lucien rejoint le réseau de renseignements d’Albert Leenhaerdt. Ce réseau, appelé « Mission Leenhaerdt », se composait au plan national de vingt-deux membres et a été actif du 13 août 1943 au 30 mai 1944. Grosperrin a chez lui un émetteur radio, Alice contribue à la collecte des renseignements sur les mouvements de troupes. Elle effectue, elle aussi, des transmissions clandestines. Deux autres membres du réseau, Edmond Borroco l’imprimeur colmarien, ancien député du Haut-Rhin et ancien chargé de mission du réseau Uranus-Kléber, Anne Voland, épouse Louis domiciliée à Nantes, qui a exercé comme institutrice et résidé à Colmar pendant la guerre, confirment l’activité résistante d’Alice Schmitt.

La Gestapo réussit à démanteler le réseau Uranus-Kléber le 15 août 1942, époque à laquelle Edmond Borocco se réfugie en Suisse. Lucien et trois camarades de la mission Leenhaert sont pris à la fin de novembre 1944, juste après le bombardement de Freiburg. Alice Schmitt est arrêtée sur l’intervention d’un faux porteur de messages le 14 janvier 1945. Elle et sa mère sont emprisonnées à Fribourg-en-Brisgau. Avec Anne Voland, elles sont transférées le 17 janvier au camp de Haslach. Le 18 février 1945, Mme Schmitt mère est remise en liberté mais on transfère sa fille et Anne Voland à Stockach où elles seront libérées le 29 avril de la même année par des soldats de la Première Armée française. Elles sont les seules rescapées. À son retour en Alsace, le 30 avril 1945, Alice apprend que Lucien Grosperrin et ses trois camarades sont morts sous la torture le 30 mars 1945, à Wolfach, dans l’Ortenau et inhumés dans une tombe commune. Joseph Rey, résistant alsacien et futur conseiller municipal et maire de Colmar, lui-même interné à Fribourg en aurait donné l’information à la famille.

En 1957, Alice épouse Robert SCHUBEL, chirurgien-dentiste à Gérardmer où elle réside jusqu’à sa mort. En 1981, elle obtient la Carte du combattant volontaire de la Résistance n° 184 076, associée à une invalidité de 100% pour faits de guerre, ainsi que la Carte du déporté résistant (201 9376 10). Née à Wintzenheim le 1er juin 1923, Alice SCHMITT est décédée le 31 mai 2018 à l'âge de 95 ans à Saint-Dié-des-Vosges. Elle était la fille de Victor Schmitt et de Berthe Brengarth. Des membres de sa famille résident toujours à Wintzenheim.

La famille de Lucien Grosperrin se composait de cinq garçons, tous nés à Le Sart (Fesmy Le Sart, Aisne). Ces cinq frères sont les fils d'Opportune Joséphine Grosperrin, née le 2.11.1877 à Iron dans l'Aisne, couturière. À l'été 1949, le Service des recherches dans l'intérêt des familles fait exhumer et identifier au cimetière communal de Wolfach les hommes mis à mort le 30 mars 1945 et les rapatrie aux frais de l’État. Lucien Grosperrin est enterré au cimetière de sa commune natale.

Société d’Histoire de Wintzenheim, Daniel Morgen

Sources :
- Témoignage d'Odette Groetz, épouse Perrel
- Site Internet : http://wintzenheim3945.free.fr/
- Page B19 (Umschulung)


Deux résistants français à Wintzenheim : Lucien Grosperrin (1916-1945) et Alice Schmitt (1923-1998)

Au moment de la déclaration de guerre du 3 août 1939, Lucien Grosperrin, lieutenant, est en poste au Centre de mobilisation de Wintzenheim. Au sein du 28e RIF, régiment d’infanterie de forteresse, il commande au cours de l’hiver 1939 et du printemps 1940 une casemate du secteur de Dessenheim et la défend le 15 juin 1940 contre l’arrivée de troupes allemandes de la VIIe Armée allemande du général Dollmann qui franchit le Rhin entre Schoenau et Neuf-Brisach. C’est là qu’il est fait prisonnier et interné à l’Offizierslager ou OFLAG V A de Weinsberg (Kreis Heilbronn), où va fonctionner une filière d’évasion [1]. En octobre 1943, on le libère avec le statut de travailleur civil. Professeur dans une École primaire supérieure (EPS) avant la guerre, où il enseignait la langue et la littérature allemande [2], il trouve un emploi contractuel de professeur de français à l’école Berlitz à Fribourg-en-Brisgau. En avril 1944, il dépose même une demande d’emploi auprès du Ministère badois des cultes et de l’enseignement dans un lycée de la ville, mais cette demande est rejetée, à cause de la nationalité du demandeur [3].

À la même époque, Alice Schmitt, de Wintzenheim (Haut-Rhin), est en cours de formation de dernière année de la voie générale et pédagogique à l’École primaire supérieure (EPS) Pfeffel de Colmar. L’administration civile allemande a expulsé les préfets des départements du Rhin, pris le pouvoir et germanise totalement la vie publique et administrative. Les autorités allemandes ne laissent le choix aux enseignants alsaciens qu’entre la reconversion professionnelle et idéologique, l’Umschulung (um-schulen, réorienter la formation, changer de voie) et le travail forcé. Pour les jeunes gens et jeunes filles en cours d’études, elles organisent un cursus spécial et transitoire de formation au diplôme allemand d’enseignant, le Sonderlehrgang, sanctionné par l’obtention du diplôme allemand. La troisième promotion 1941-1942, particulièrement étudiée par Meryem Bolatoglu [4], conduit, entre octobre 1940 et septembre 1942, Alice Schmitt et ses camarades à la Hochschule für Lehrerbildung, l’École supérieure de formation des maîtres de Karlsruhe. Dès le début de l’annexion allemande de l’Alsace, Alice Schmitt et sa mère rendent de signalés services à la Résistance alsacienne en cachant à Wintzenheim des prisonniers de guerre évadés du camp de Weinsberg et en les munissant de vêtements civils. Au printemps 1942, Alice fait partie du réseau de renseignements Kléber-Uranus d’évasion [5].

Alice Schmitt et le Lieutenant Lucien Grosperrin « ce Français du Nord, [….]svelte, yeux bleus, cheveux blonds » [6].
(collection Anne Sassi-Tannacher).

Alice Schmitt et Lucien Grosperrin se sont rencontrés dès 1939-1940 à Wintzenheim. En effet, le Centre de mobilisation de Wintzenheim installé dans une usine désaffectée [ancien atelier de tissage Haussmann près de la maison Andrès] était situé juste en face de la maison [99 rue Clemenceau dont la propriété va jusqu'au chemin du Dichelgraben] où habitaient alors Louis Schmitt et Anna Meyer, les grands-parents d’Odette Groetz, épouse Perrel [7]. En 1942, membres et maillons d’une même filière d’évasion de prisonniers de guerre déjà mentionnée, ils vivent une histoire d’amour. Lucien était bien accepté dans la famille. « Il venait à Wintzenheim par le train de Freiburg à Colmar et de là à Wintzenheim, de nuit ou pour les dimanches » [8]. En 1943, Lucien rejoint le réseau de renseignements d’Albert Leenhaerdt. Ce réseau, appelé « Mission Leenhaerdt », se composait au plan national de vingt-deux membres et a été actif du 13 août 1943 au 30 mai 1944 [9]. Grosperrin a chez lui un émetteur radio, Alice contribue à la collecte des renseignements sur les mouvements de troupes. Elle effectue, elle aussi, des transmissions clandestines. Deux autres membres du réseau, Edmond Borroco l’imprimeur colmarien, ancien député du Haut-Rhin et ancien chargé de mission du réseau Uranus-Kléber, Anne Voland, épouse Louis domiciliée à Nantes, qui a exercé comme institutrice et résidé à Colmar pendant la guerre, confirment l’activité résistante d’Alice Schmitt [10].

La Gestapo réussit à démanteler le réseau Uranus-Kléber le 15 août 1942, époque à laquelle Edmond Borocco se réfugie en Suisse. Lucien et trois camarades de la mission Leenhaert – Alfred Weber (né le 4.08.1879 à Sainte-Marie-aux-Mines), le fils de celui-ci (Alfred, né le 8.01.1909 à Thann) et Georges Trespeuch (9.05.1924 à Paris) [11] sont pris à la fin de novembre 1944, juste après le bombardement de Freiburg [12]. Alice Schmitt est arrêtée sur l’intervention d’un faux porteur de messages le 14 janvier 1945. Elle et sa mère sont emprisonnées à Fribourg-en-Brisgau. Avec Anne Voland, elles sont transférées le 17 janvier au camp de Haslach parce que le typhus sévit dans la prison. Le 18 février 1945, Mme Schmitt mère est remise en liberté mais on transfère sa fille et Anne Voland à Stockach où elles seront libérées le 29 avril de la même année par des soldats de la Première Armée française. Elles sont les seules rescapées. À son retour en Alsace, le 30 avril 1945 [13], Alice apprend que Lucien Grosperrin et ses trois camarades sont morts sous la torture le 30 mars 1945, à Wolfach, dans l’Ortenau et inhumés dans une tombe commune [14]. Joseph Rey, résistant alsacien et futur conseiller municipal et maire de Colmar [15], lui-même interné à Fribourg en aurait donné l’information à la famille [16].

En 1957, Alice épouse Robert SCHUBEL, chirurgien-dentiste à Gérardmer où elle réside jusqu’à sa mort. En 1981, elle obtient la Carte du combattant volontaire de la Résistance n° 184 076, associée à une invalidité de 100% pour faits de guerre, ainsi que la Carte du déporté résistant (201 9376 10). Née à Wintzenheim le 1er juin 1923, Alice, Jeanne SCHMITT est décédée le 31 mai 2018 à l'âge de 95 ans à Saint-Dié-des-Vosges. Elle était la fille de Victor Schmitt et de Berthe Brengarth. Des membres de sa famille résident toujours à Wintzenheim.

La famille de Lucien Grosperrin se composait de cinq garçons, tous nés à Le Sart (Fesmy Le Sart, Aisne) : Louis-Joseph (21.05.1896), Robert Emile (22.11.1900), Maurice-Raymond (26.12.1904), Kléber Gilbert (27.02.1913) et Lucien (03.08.1916). Ces cinq frères sont les fils d'Opportune Joséphine Grosperrin, née le 2.11.1877 à Iron dans l'Aisne, couturière, fille d'Arsène Joseph Grosperrin (1862), venant de Paris [17]. Kléber vient en Alsace [18] entre 1945 et 1949, l'été 1949 étant l'année où le Service des recherches dans l'intérêt des familles fait exhumer et identifier au cimetière communal de Wolfach les hommes mis à mort le 30 mars 1945 et les rapatrie aux frais de l’État [19]. Lucien est enterré au cimetière de sa commune natale.

[1] Né à Le Sart (Aisne) - Lieutenant 28° R. Infanterie de Forteresse – Militaires tués pendant la Seconde Guerre mondiale– Fusillé par les allemands pour faits de résistance pendant son temps de prisonnier de guerre (soit après la libération de la France). Service historique de la Défense, Caen.
[2] Landesarchiv Baden-Württemberg Karlsruhe GLAK 235 Nr. 44270, Akte Grosperrin. Lettre de Lucien G. du 22 avril 1944 au directeur de la Rotteck-Oberschule à Freiburg-im-Breisgau.
[3] ibidem.
[4] Bolatoglu Meryem, Morgen Daniel, Schlemminger Gérald. 1940-1950 Umschulung et réintégration. Parcours d’enseignants alsaciens, de la reconversion obligatoire au retour dans l’Éducation nationale. Jérôme Do Bentzinger, 2008.
[5] Archives départementales des Vosges. 2811 W 39, dossier ONAC Schmitt Alice, Jeanne. Attestation d’Edmond Borocco, agent P2 chargé de mission du réseau Kléber-Uranus, 26.04.1979.
[6] Voir note 1 : Bref portrait esquissé par Grüninger, directeur de la Rotteck-Schule, Freiburg 24.04.1944.
[7] Témoignage d’Odette Perrel (née en 1931), 9 avril 2024.
[8] idem.
[9] Albert CHAMBON (1987) : Quand la France était occupée... 1940-1945 Fin des mythes, légendes et tabous. Paris Éditions France-Empire. Annexe 6, p.157.
[10] AD Vosges, 2811 W 39, dossier ONAC Schmitt Alice, Jeanne. déjà cité.
[11] Arolsen Archiv DocID: 70838746
[12] Le 27 novembre 1944 en soirée.
[13] Le Nouveau Rhin Français, 1er mai 1945 (mardi), p.2 «WINTZENHEIM : In die Heimat zurückgekehrt ist am Sonntagmorgen [30.04.1945] Melle Alice Schmitt, deren Mutter am letzten Freitag [27.04] aus der Verbannung in Deutschland zurückgekehrt ist. Mit ihr kehrte ebenfalls Melle Paulette Benoît, aus Colmar, zurück »
[14] Arolsen Archives : Cote 02030301001.438. Lucien Grosperrin. Dokumente mit Namen ab Groschowska, Maria/ Arolsen Archives, ZOF, Liste des personnes inhumées et lieux d’inhumation, archive 2-1-3-1-BW-042-3-DIV-ZM/ Arolsen Archives : Doc ID 708387 46 =Bürgermeister Wolfach : 28.01.1946 Liste des personnes enterrées au cimetière de Wolfach.
[15] Braeuner Gabriel : Joseph Rey, un Maire pour Colmar, un Alsacien pour l’Europe. Colmar, 2001, Jérôme Do Bentzinger, éditeur.
[16] Témoignage d’Odette Perrel déjà cité
[17] Mes remerciements à Nathalie Pryjmak, Généalogie-Aisne.
[18] Témoignage d’Odette Perrel déjà cité.
[19] Arolsen Archives : Trespeuch Georges Eugène (29.05.1924). DocID: 78145963.

Daniel Morgen, 2024

Lire aussi "Enseignants alsaciens en Umschulung 1940-1945" :  http://wintzenheim3945.free.fr/B19_Umschulung/Umschulung.htm


Le retour à Wintzenheim 

Wintzenheim. Vendredi dernier (27.04.1945) est revenue de l'exil Berthe Schmitt, l'épouse du monteur électricien Victor Schmitt, qui avait été déportée outre Rhin par les Allemands. Son retour fut fêté comme il se doit, particulièrement par ses voisins. Souhaitons que sa fille, Alice Schmitt, soit bientôt libérée elle-aussi, pour qu'elle puisse revenir dans sa patrie.

Source : Le Nouveau Rhin Français du samedi 28 avril 1945

Wintzenheim. Melle Alice Schmitt, dont la mère Mme Berthe Schmitt est revenue de l'exil en Allemagne vendredi dernier, vient de revenir dans sa patrie dimanche matin (30.04.1945)...

Source : Le Nouveau Rhin Français du mardi 1er mai 1945


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