Charles INGOLD : résistant à LyonCharles INGOLD est né le 22 juin 1922 à Wintzenheim (Haut-Rhin). Le 7 septembre 1941, Charles Ingold s’évade d'Alsace pour rejoindre Grenoble et contracter le 7 août 1941 un engagement volontaire au 159ème régiment d'infanterie alpine (RIA) où il est affecté à la section d'éclaireurs-skieurs (SES). Démobilisé le 28 novembre 1942 à la dissolution de cette unité, Charles Ingold part à Lyon où, par l'intermédiaire d'un ancien voisin de Wintzenheim, Léon Meyer, il entre le 1er décembre 1942, en qualité d'agent P2, lieutenant, chargé de mission de 2ème classe, dans le service "R" du Réseau Électre-Bouleau, sous le pseudonyme "Paul Duchêne". Là, il fait entrer dans la Résistance plusieurs camarades de classe alsaciens comme Robert Clor, René Schmitt et Paul Hirlemann (Voir les notices à ces noms). Sous la direction du Colonel Panier, il travaille comme agent de liaison chargé du transport du matériel de transmission et de la recherche des emplacements d'émission. À partir d’août 1943, il prend la direction des liaisons et de leur organisation. À ce titre, il forme les nouveaux agents et assure le maintien quotidien des contacts. La surveillance à Lyon est de plus en plus serrée, des rafles se produisent partout et le travail devient toujours plus délicat. Son service est le seul à recevoir régulièrement jusqu’à cinq tonnes de matériel de transmissions. Il entrepose dans la périphérie de Lyon le matériel parachuté par des avions anglais, le distribue dans la presque totalité des réseaux de la zone sud, ainsi que dans la région parisienne. Ce double transport se fait en ville, sous le nez de la Gestapo. À plusieurs reprises, Charles doit changer d’adresse et se reloger sous de faux papiers non enregistrés. De même, il lui a souvent fallu changer les boîtes aux lettres repérées par la Gestapo. Il est arrêté et relâché à trois reprises. Suivi tous les jours par la Gestapo ou la Milice, il ne ralentit néanmoins en rien son activité. La situation requiert en effet un service de renseignement sur l'activité de l'ennemi et l’inspection des transmissions. Son chef décide de le mettre en sécurité : le 15 juin 1944, Charles rejoint clandestinement Londres en passant par l’Afrique du Nord. Charles Ingold est titulaire de la Médaille de la Résistance. Société d’Histoire de Wintzenheim, Daniel MorgenSources : |
Charles
Ingold à Lyon en 1942, en compagnie de Paul Hirlemann (collection Paul Hirlemann)
Démobilisé à Grenoble le 28 novembre 1942, Charles Ingold part à Lyon où,
par l'intermédiaire d'un ancien voisin de Wintzenheim, Léon Meyer, il entre
dans la Résistance le 1er décembre 1942, dans le service "R" du Réseau
Électre-Bouleau, sous le pseudonyme "Paul Duchêne". Là, il fait entrer dans
la Résistance plusieurs camarades de classe alsaciens comme Robert Clor,
René Schmitt et Paul Hirlemann.
Pseudo à la section "R" : Paul Duchêne. Pseudo à l'Action : Lieutenant
René Noël
Je travaillais au service d'un certain François pendant un mois, puis je
suis entré au service "R" sous la direction du Colonel Panier. J'ai
travaillé sous ses ordres directs jusqu'au mois d'août 1943, comme agent de
liaison chargé de transporter le matériel de transmission et de la recherche
des emplacements d'émission. Mon service fut alors scindé en deux et je fus,
toujours sous les ordres du Colonel Panier (Nicole), affecté au service
"Action" comme chef des liaisons. L'adjoint du Colonel Panier était Perrier
(Créole) qui au bout d'un mois prenait la direction du service (Inspection
Nationale des Transmissions de l'Action). Après le départ pour Londres du
Colonel Panier, ce service prit une étendue toujours plus grande après être
parti sur des bases insignifiantes (nous étions seulement 5 dans l'ancien
service "R").
Je fus chargé avec mon camarade Louis de l'organisation des liaisons
entre les services desservis, de plus en plus nombreux. Ces liaisons
impliquaient le maintien régulier et quotidien des contacts, le transport
des plis, celui du matériel de transmission, des armes et la présentation
des nouveaux agents entrants dans les services. De plus, je m'occupais de la
recherche des dépôts de matériel et des boîtes aux lettres. La surveillance
à Lyon était de plus en plus serrée, des rafles se produisaient partout et
le travail devenait toujours plus délicat. Un service de renseignement sur
l'activité de l'ennemi devenait indispensable. J'ai réussi à trouver des
agents de police et de la Sûreté (parmi eux des Alsaciens) qui nous
prévenaient des actions projetées contre nous. Après le départ du Colonel
Panier, au début août, Perrier prenait comme adjoint Pierre (Phénicien) qui
par la suite prenait la direction de l'Inspection des Transmissions de la
Zone Sud. Perrier s'occupait des deux zones et était presque toujours en
voyage. A ce moment-là, nous étions le seul service à recevoir en quantités
importantes du matériel de transmissions. Ce matériel, parachuté par des
avions anglais près de Lyon, devait être entreposé et ensuite distribué dans
la presque totalité des réseaux de la zone sud, ainsi que dans la région
parisienne. L'importance de ce matériel était d'environ 5 tonnes. Ce double
transport se faisait en ville, sous le nez de la Gestapo, de plus en plus
sur les dents. A plusieurs reprises suivis par la police, il a fallu
déménager en vitesse et changer de chambre, chose assez difficile à trouver.
Ainsi il m'est arrivé de loger à l'hôtel sous de faux papiers non
enregistrés pendant deux mois. Des boîtes aux lettres, "brûlées" par suite
d'arrestations dans d'autres services et de filatures, étaient très souvent
à changer. Chaque fois, il a fallu récupérer le courrier qui s'y trouvait,
au risque de se faire arrêter. J'ai aidé également Pierre (Phénicien) dans
son travail, c'est-à-dire le codage, et je prenais les rendez-vous pour lui.
Les jours d'absence de Pierre, je dirigeais le travail. Après 15 mois, je
fus arrêté par la police ex-française qui m'a emmené au commissariat où l'on
m'a gardé plusieurs heures.
La rue devenant de plus en plus mauvaise, trois mois après, je fus arrêté
à nouveau, alors que je transportais du matériel avec mon camarade Louis.
Nous réussîmes à les intimider sous la menace de représailles qui auraient
lieu contre eux. Obligation d'un nouveau déménagement. Quelques jours plus
tard, une grosse arrestation d'amis et de camarades du service "R" s'est
produite. Notre dépôt de matériel et le bureau se trouvaient brûlés, Pierre
était juste en voyage ce jour-là. Après avoir trouvé un nouvel endroit, je
faisais déménager le dépôt où il y avait à peu près 2 tonnes de matériel.
J'étais obligé d'évacuer également les archives, codes, cristaux et plans de
travail du bureau. Déjà brûlé par l'arrestation et les filatures
antérieures, je l'étais complètement par cette dernière. Je n'ai néanmoins
ralenti en rien mon activité bien que suivi tous les jours par la Gestapo ou
la Milice. Cette surveillance devenait de plus en plus étroite pour moi.
Ce jeu dangereux dura jusqu'à ce que Perrier (Créole) ait décidé de mon
départ pour Londres (malgré mon désir de rester en France) que j'ai rejoint
par l'Afrique du Nord le 12 août 1944.
Source : Charles Ingold, Rapport d'Activité du 20 novembre 1944, articles de presse de mars 1949
Charles
Ingold à Lyon
Qui aurait pu deviner que sous la silhouette moyenne et modeste de notre sympathique concitoyen Charles Ingold, né à Wintzenheim le 22 juin 1922, se cachait un si grand et si glorieux héros ? Quatre années se sont déjà écoulées depuis que notre patrie et notre province ont été libérées du joug allemand, et ce n’est que maintenant que Charles Ingold a été décoré en notre mairie, sur ordre du roi d’Angleterre, par le Consul Général de Strasbourg, de la Médaille Royale "Kings Medal for courage"
La cérémonie commença à midi dans la grande salle de la mairie. S'étaient rassemblés MM. le Consul Général et son épouse, le Général Fonlupt, représentant la Préfecture, Me Kalb de Colmar, vice-président du Conseil de la République, Borocco, adjoint au Maire de Colmar, le Haut-Commissaire de Colmar, Heitzler, adjoint au Maire de Turckheim, le Maire Bouillon, Freydrich et Bruder, adjoints de l’annexe de Logelbach, des représentants de la gendarmerie, des représentants du réseau "Kléber" et "Famille Martin", de l’Union des Invalides, la famille de Charles Ingold et le personnel communal.
Monsieur le Maire Bouillon ouvrit la cérémonie en souhaitant chaleureusement la bienvenue au nom de la commune aux hautes personnalités, aux invités, aux amis, collaborateurs et frères d'armes du Lieutenant Noël (Charles Ingold) et à son cercle familial rassemblé ce jour.
Ensuite l'orateur fit le récit de la vie du héros. En 1940, lorsque l’Alsace fut occupée, il avait 18 ans et se mit à la disposition de la "Résistance Française". Ainsi il entra en relation avec le "Réseau Kléber" et "Famille Martin" et ne manqua aucune occasion pour servir de "passeur" à des Alsaciens en danger afin de les faire passer au-delà des Vosges ou en Suisse. Dénoncé, il aurait dû être arrêté. Mais grâce à la famille Scandela (Bernard et Antoinette) d’Orbey, il fut averti du danger imminent et se réfugia chez un oncle près de la frontière helvétique, où, bien orienté, il put passer en Suisse. Il revint en France et s’engagea au 159e R.I. à Grenoble le 7 août 1941. Il y resta jusqu’à la dissolution de cette unité le 28 novembre 1942.
Après l’occupation totale de la France, Charles Ingold ne perd pas courage. Dès le 30 novembre 1942 il rejoint le mouvement de Résistance de Lyon et environs. Il rencontre des Wintzenheimois, Robert Clor, Charles Joerg, René Schmitt qui le rejoignent courageusement.
Plus tard Charles Ingold est muté comme adjoint au réseau de transmission "Action pour la zone sud et pour la zone nord" où ses services et son engagement courageux en tant que "Lieutenant Noël" lui valurent la haute distinction. Plusieurs fois arrêté et interrogé par la police allemande, il trouve toujours des subterfuges. Finalement, alors que la Gestapo le recherche par tous les moyens, il est envoyé à Alger le 5 juin 1944.
Arrivé à Londres, il s’engage dans les FFI qui, après la reconquête d’une partie de la France, sont transférées à Paris. On retrouve le Lieutenant Noël au Service de Renseignements dans l’Est, dans la région de Strasbourg, puis à Mulhouse où il crée un Service de Renseignements avec le Capitaine Oberlé. Il traverse l’Allemagne jusqu’en Autriche avec les armées victorieuses.
En juin 1945 il est affecté au "Service de Renseignements Opérations" et fait partie de la 10e D.I. En juillet 1946 il fait sa demande de démobilisation et retourne dans la maison paternelle.
Le Consul Général, se leva et vanta la collaboration entre la France et l'Angleterre pour une Europe libre. Il fallait de grands hommes pour réussir cette Libération, et le Lieutenant Noël, grand Français et fier Alsacien, en fait partie. Le Roi d’Angleterre a eu connaissance de ces hauts faits et a chargé le Consul Général de remettre personnellement la médaille royale à ce héros.
C’est ainsi que se déroula cette cérémonie dans la salle brillamment illuminée et décorée de drapeaux français et anglais. Pour conclure le Consul Général lut la citation attribuée à Charles Ingold.
Le Lieutenant Noël a assumé le 1er décembre 1942 l'organisation des liaisons pour le quartier général des émissions de T.S.F. pour le sud de la France. Une grande partie du matériel destiné pour tous les réseaux du pays fut parachuté près de Lyon, où il y avait bon nombre de terrains d'atterrissage utilisables. Travaillant avec Lyon pour centre, le Lieutenant Noël eut la mission dangereuse de transporter les appareils émetteurs et les pièces de rechange à divers entrepôts secrets et ensuite, au fur et à mesure des besoins, dans toutes les parties du pays, non seulement au sud, mais aussi bien au nord de la ligne de démarcation. A six reprises il fut arrêté par la police, mais à chaque occasion il s'est débrouillé pour passer à travers les mailles des Services de contrôle. A la suite d'une série d'arrestations dans la région de Lyon, et la Gestapo le recherchant activement, le Lieutenant Noël fut envoyé à Alger en Juin 1944. Ces faits furent portés à la connaissance de Sa Majesté le Roi Georges VI, qui ordonna que le Lieutenant Noël soit décoré de la Médaille du Roi pour conduite valeureuse dans la cause de la liberté.
Source : Auszeichnungsfeier eines Kriegshelden, article de presse de mars 1949 (traduit par Jacqueline Strub)
Charles Ingold en 1943 chez Charles Joerg à l'Ile Roy (Fontaines-sur-Saône près de
Lyon). De gauche à droite : Charles Joerg, Charles Ingold (devant), Léon Meyer
(derrière), Marguerite Joerg, Paul Hirlemann, Odette Joerg, Lucien Klinger,
Charles Roeslé de Hattstatt (collection Paul Hirlemann)
Charles Ingold est agent du B.C.R.A. Après l'invasion de la zone sud par les Allemands, il donne son aide à Lyon pour l'installation d'un dépôt d'armes, de documents, de matériels et de postes émetteurs, dans le local de la charcuterie-comptoir-épicerie des époux Woehrlé, 156 rue de Créqui.
Source : Résistants à Lyon, Villeurbanne et aux alentours, 2824 engagements, Bruno Permezel, 2003
Charles Ingold faisait partie du B.C.R.A. comme Paul Hirlemann, Robert Clor et René Schmitt. Après l'arrestation de Robert Clor et de René Schmitt, Charles Ingold eut la chance de pouvoir quitter la région lyonnaise à bord d'un avion anglais, un Lysander, qui s'était posé pendant la nuit sur un terrain clandestin de l'Ain et qui l'a emmené à Londres via Alger.
Source : Un Colmarien (Robert Clor) dans les griffes de Klaus Barbie, L'Alsace du 17 mai 1984
L'Alsace n'étant pas encore libérée à fin 1944, Charles Ingold a effectué plusieurs missions de renseignements sous son pseudonyme "Lieutenant René Noël" pour le compte de la D.G.E.R. (Direction Générale des Études et Recherches) jusqu'à sa démobilisation. Il a participé à ce titre à la libération de Nancy, de Strasbourg, de Mulhouse et de Colmar, et accompagné les troupes françaises en Allemagne.
Source : L'Alsace du 14 Juillet 2002
Le 23 juin 1945, le Service de Renseignements "Opérations" lui a délivré
un ordre de mission permanent prolongé jusqu'au 30 novembre, précisant que :
Mr. le Lt Ingold Charles est en mission pour le compte de la Direction
Générale des Études et Recherches. Il est autorisé à circuler de jour et de
nuit dans l'ensemble du territoire français : Zone des Armées et Zone de
l'Intérieur, pour les besoins du Service, par tous moyens de transport. Il
peut :
- transporter sous sa responsabilité toute personne civile ou
militaire dont il n'aura pas à dévoiler l'identité.
- porter une arme
apparemment ou non.
- transporter et utiliser du matériel radio
télégraphique.
Les autorités civiles et militaires Françaises et Alliées
sont priées de bien vouloir lui faciliter l'exécution de sa mission et de
lui assurer éventuellement l'hébergement et le ravitaillement.
Signé : Le Bataillon Simoneau, Service de Renseignements "Opérations, p.o. le Cdt Ayrault, Officier-adjoint.
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