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7 août 1941 Convocation de Paul Hirlemann au RAD ReichsArbeitsDienst, travail obligatoire en Allemagne (collection Paul Hirlemann) |
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Paul Hirlemann en 1944 à Lyon
La photo est signée F. Soubrier, 77 rue Pierre-Corneille. Ce photographe lyonnais faisait souvent des photos pour les fausses cartes d'identité des incorporés de force alsaciens qui souhaitaient déserter de la Wehrmacht. Stationnés au Fort Lamotte, ils se retrouvaient le soir au café Woehrlé. Le photographe leur prêtait une cravate et une veste civile en remplacement de l'uniforme allemand, le temps de faire la photo...
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Paul Hirlemann
en juin 1945 à Wintzenheim avec René Koch, son compagnon d'évasion en 1941 (collection Paul Hirlemann) |
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Paul Hirlemann (photo Guy Frank, 29 mars 2004) Je me suis évadé d'Alsace avec un camarade, René Koch, le 7 octobre 1941, pour me soustraire au RAD. Nous sommes entrés en Suisse par l'enclave de Neuwiller. Par les bons soins du consulat de France à Bâle, nous sommes partis le samedi 11 octobre suivant sur Genève puis sur Lyon où, le 13 au soir, nous avons été pris en charge par un centre de la rue Scaronne. Dès le lendemain, deux sous-officiers alsaciens y sont venus pour recruter des jeunes. Mon camarade s'est immédiatement engagé mais moi je n'étais pas intéressé par l'armée de Vichy. Voulant me faire délivrer une carte d'identité, un commissaire de police, auquel je n'avais pu exhiber que le document délivré par le consulat de Bâle, m'a rabroué en me disant qu'il ne pouvait rien faire pour moi et que je n'avais qu'à retourner chez moi. J'ai finalement obtenu cette carte après intervention de l'antenne de la préfecture du Haut-Rhin repliée à Lyon. |
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La première carte d'identité obtenue à Lyon le 8 novembre1941, comportait sa véritable identité et sa véritable date de naissance, le 7 juin 1922 à Wintzenheim Par un autre camarade de mon village, Lucien Goetz, également évadé, j'ai fait la connaissance d'Alsaciens établis à Lyon depuis avant la guerre, la famille Woehrlé, qui tenait un café-épicerie-charcuterie. Le soir de mon arrivée, oh surprise ! nous nous trouvions à sept jeunes évadés de Wintzenheim réunis autour d'une table. A cette époque, les restrictions étaient sévères et nous étions bien contents de recevoir des casse-croûte sans tickets. Un gradé de l'armée, alsacien, m'a placé comme civil au 11e régiment de cuirassiers jusqu'en avril 1942, date à laquelle j'ai été embauché à la mairie centrale de Lyon. Alors que je me trouvais affecté au bureau des distributions des bons de chauffage, j'y étais enregistré comme requis, ce qui m'a valu d'échapper à l'enrôlement dans les Chantiers de Jeunesse et dans les Compagnons de France. Entre-temps, j'ai revu deux autres camarades de mon village, Robert Clor et René Schmitt, eux aussi évadés, ce qui faisait déjà neuf hommes. Après l'invasion de la zone dite libre par les Allemands, le 11 novembre 1942, il a fallu redoubler de précaution. Mon identité a été modifiée : je suis devenu Jean Pegaz, né à Bougie (Algérie). Dans ce temps-là, les réseaux de résistance se multipliaient et c'est ainsi que je suis entré au réseau Action-Londres et devenu agent P2, chargé de mission. Ce réseau, comme beaucoup d'autres, dépendait du BCRA (Bureau central de renseignement et d'action) dirigé par le colonel Passy (Dewavrin) à Londres. |
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Par la suite, Paul Hirlemann deviendra Paul Pegaz ou Jean Pegaz, né en 1919 à Bougie en Algérie Tout en me laissant continuer à travailler à la mairie centrale de Lyon, qui me servait de couverture, mon chef dans la Résistance m'a demandé de quitter cet emploi en novembre 1943 pour me consacrer entièrement au réseau. Mon premier travail a été de porter des télégrammes à Heyrieux, à bicyclette, pendant trois semaines ; après quoi, il m'a fallu assurer la liaison avec Saint-Martin-en-Haut. Peu après, j'assurais la liaison avec Villefranche-sur-Saône. Après l'arrestation d'un agent de liaison qui effectuait le trajet Lyon-Paris et retour, on m'a demandé de le remplacer, ce qui impliquait de passer la ligne de démarcation à chaque voyage. Cette ligne avait été maintenue après l'invasion de la zone libre, mais on pouvait la traverser avec des papiers "en règle". J'ai pu assurer cette liaison jusqu'au 30 juillet 1944, date à laquelle je suis resté bloqué à Paris. J'ai effectué plus de soixante allers-retours de Lyon à Paris en sept mois, avec à chaque fois un contrôle par les Allemands ou par les miliciens de Vichy, tout en gardant mon sang-froid. Je possédais toujours une attestation (fausse) de la mairie centrale de Lyon qui me permettait d'être "couvert", mais le fait de comprendre l'allemand m'était d'une grande utilité. Les "marchandises" transportées consistaient surtout en postes émetteurs-récepteurs, en armes, mais aussi argent et messages. Lors de mon premier voyage, j'avais une grosse valise renfermant un poste émetteur-récepteur et deux gros accus lorsque j'ai été interpellé en sortant de la gare de Lyon à Paris par trois civils. L'un d'eux voulant savoir ce qu'il y avait dans la valise, je l'ai ouverte séance tenante en lui répondant : "un voltmètre pour camion et deux accus". Il a jeté un coup d'œil et m'a répondu avec un petit rire méphistophélique, en me regardant dans les yeux : "Ca va, fermez la valise, vous pouvez partir". Encore aujourd'hui, je suis persuadé que ce policier de la préfecture de police de Paris avait compris. |
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Poste radio émetteur-récepteur avec ses écouteurs J'ai véritablement eu peur à trois reprises. La première
fois, en mars 1944, quand deux Allemands, casqués et armés, sont venus au
café Woehrlé. Me trouvant dans la cuisine, j'ai immédiatement pris la fuite.
En réalité, il s'agissait de deux Alsaciens incorporés de force qui amenaient
du courrier d'Alsace destiné à madame Woehrlé comme je l'ai appris plus tard.
Les Allemands, en raison des attentats, devaient marcher par deux, casqués et
armés. La deuxième fois, le 18 mai 1944, en apprenant l'arrestation de deux
camarades et de plusieurs autres, j'ai cru que mon heure était arrivée, mais
aucun d'eux n'a parlé. La troisième fois, le 9 juillet 1944, lors d'un contact
qui devait avoir lieu place Voltaire à Lyon. A l'heure dite, j'ai aperçu un
"monsieur" portant un imperméable gris avec double empiècement
autour du col : ce ne pouvait être qu'un policier allemand en civil. Je lui ai
échappé en pénétrant dans un magasin. De cet endroit, j'ai aperçu d'autres
"messieurs" non loin. |
Sources :
- Saisons d'Alsace n° 124 - Été 1994 (1944 - Vers la Libération)
- Guy Frank, entretiens du 29 mars et 5 avril 2004 avec Paul Hirlemann
- Illustrations : collection Paul Hirlemann
Radio clandestine : description d'une émission![]() |
Spécimen de télégramme codé (collection Paul Hirlemann) Quelques minutes avant l'heure du rendez-vous avec Londres,
l'opérateur arrive au lieu d'émission. Un ou plusieurs guetteurs extérieurs
sont en place. Sortir l'appareil de sa cachette, le poser sur une table,
dérouler le fil d'antenne sur dix à quinze mètres (à la campagne, il va se
perdre dans un arbre, à la ville, il zigzague d'un mur à l'autre de la
pièce), relier l'appareil à une prise de courant (ou à une batterie),
enficher le quartz fixant la longueur d'onde prévue, régler l'émetteur et le
récepteur : tout cela se fait en quelques minutes lorsque les conditions sont
normales. Source : Retour du bout de la nuit - Itinéraire d'un résistant, torturé, déporté, témoin (1939-1989), Anne Bocquet, Institut d'Études Politiques, Université des Sciences Sociales de Grenoble, année 1988-1989 (Mémoire consacré à Robert Clor) |
Reportage télévisé à Lyon en 2004![]() |
Le 4 juin 2004, Paul Hirlemann était invité à Lyon pour le tournage d'un reportage sur la Résistance. Sur cette photo prise au café Woehrlé, il s'entretient avec le reporter Jacques Mouriquand, en compagnie d'Odile Woehrlé et de Bruno Permezel, qui a publié en novembre 2003 un ouvrage sur les Résistants de Lyon (photo Daniel Woehrlé) Ce reportage a été diffusé dans le cadre de "C'était ici", |
Paul Hirlemann est décédé le 20 décembre 2006
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