J‘ai été incarcéré, comme de nombreux communistes pendant la guerre franco-allemande, par la Réaction française. J’ai été interné à Villedieu de l’Indre. Quand les nazis sont arrivés, j’ai pris la poudre d’escampette en vélo et je suis rentré à la maison. J’étais à peine 2 jours chez moi – nous habitions alors à Sainte-Croix-en-plaine – quand je fus convoqué à la mairie. Il s’y trouvait quelques SS qui m’ont fait lecture de tout mon curriculum vitae. La Gestapo avait repris tous les dossiers de la police secrète française ! Après que la SS me reprocha toute mon activité communiste (j’avais été dirigeant des Jeunesses communistes à Rouffach), elle me menaça d’incarcération immédiate si j’entreprenais quoi que ce soit.
Au printemps 1941, je rencontrai des camarades à la Coopé de Rouffach et je pus établir le contact avec le Parti. Nous nous installâmes alors à Colmar. Murbach m’y confia la tâche de la distribution des tracts aux différents groupes communistes. Il me remettait ces tracts au café Bruhat, un grand café dansant du centre-ville. J’avais environ 20 camarades à livrer : à Wintzenheim, Gueberschwihr, Osenbach, Hattstadt (sic), Pfaffenheim, Rouffach, Soultzmatt, etc. À Colmar même, les groupes de résistance chez les cheminots, chez ceux de Kiener etc. étaient dirigés par Murbach. Comme dit, j’étais agent de liaison. Je fus arrêté le 15 mai 1942. La Gestapo nous a battu au point que nous ne nous reconnaissions plus entre camarades lors des confrontations. On m’emmena alors à Schirmeck et plus tard au pénitencier à Ludwigsburg.
Au pénitencier de Zwickau, nous sommes entrés en contact avec le groupe de gaullistes de Strasbourg, qui avait été arrêté et condamné pour actes d’espionnage. Un des dirigeant du groupe me déclara : « Nous avons appris maintenant à connaître les communistes, ce sont de grands patriotes. Quand les nazis seront battus, il faudra que nous travaillions ensemble ». Chacun sait combien de temps dura cette coopération...
Les gaullistes ont été ramenés chez eux en avion. Quant à nous, on nous chargea dans des camions américains. Beaucoup étaient si faibles qu’ils n’ont pas supporté cela et il fallut les confier à des hôpitaux militaires en cours de route. Nous vîmes alors déjà comment les choses se déroulaient. Pendant que nous, patriotes, devions aller chercher notre pitance (qui était le plus souvent froide), les prisonniers de guerre allemand recevaient par quintaux des oranges, du chocolat et autres friandises. Plus tard on nous chargea dans une voiture à bestiaux et nous arrivâmes à la maison couverts de poux et sales.
Source : Humanité Alsace-Lorraine, 1965 (article en allemand traduit par Daniel Muringer)
Né le 21 décembre 1919 à Biblisheim (Bas-Rhin), mort le 21 novembre 1985 à Colmar (Haut-Rhin) ; cheminot à Colmar (Haut-Rhin) ; résistant ; syndicaliste CGT et communiste.
Issu d’une famille catholique, fils d’un forgeron, Joseph Schwartzenberger adhéra au Parti communiste en 1936 et devint secrétaire d’une cellule. Il militait également à l’Union des syndicats de cheminots CGT d’Alsace et de Lorraine. En 1940, il fut interné à Arches (Vosges) par les autorités françaises. Libéré en juin 1940 par l’armée allemande, il rentra à Colmar. Il assura la liaison avec les militants du « réseau Wodli » des régions de Colmar et de Rouffach. Il fut arrêté le 16 mai 1942 par la Gestapo pour « activité illégale destinée à saper l’ordre du pays et complicité avec les ennemis mortels du Reich ». Le 17 avril 1943, il fut condamné à cinq ans de réclusion par le Volksgerichtshof siégeant à Strasbourg pour participation à des groupes communistes illégaux en 1941-1942. Après la Libération, il reprit ses activités militantes au syndicat des cheminots CGT de Colmar ainsi qu’à l’Union locale. Il s’était marié le 22 avril 1938 à Rouffach (Haut-Rhin) avec Marie Wintermantel.
Dictionnaire biographique Le Maitron
Sources :
- Strasssburger Neueste Nachrichten, 23 avril 1943
- Heimat unterm Hakenkreuz, Schiltigheim, 1953, p. 118-119
- Léon Tinelli, L’Alsace résistante, Strasbourg, 2002, p. 74, 80, 124
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