WINTZENHEIM 39-45

Eugène Boeglin : compléments d'enquête


*

Mulhouse, 19 décembre 1942

Geheim ! Secret !

Réponse de la Gestapo de Mulhouse au Juge d'instruction du Tribunal du Peuple
expliquant comment ont été recrutés les indicateurs chargés d'infiltrer les milieux communistes mulhousiens.

Ce sont probablement les deux personnes nominativement désignées dans cette lettre
qui ont permis l'arrestation des membres du parti communiste dont Auguste Sontag et Eugène Boeglin.

Ci-dessous, dans la transcription et la traduction du texte complet de ce courrier,
les noms, prénoms, dates et lieux de naissance, adresses postales
des personnes citées ont été remplacés par des ... ou des xxx

TRANSCRIPTION

Sicherheitspolizei
Einsatzkommando III/2
Geheime Staatspolizei II A - 5/42 g.NA.
An den Ermittlungsrichter des Volksgerichtshofs
z.Zt. Schirmeck - Sicherungslager Vorbruck
Betrifft : Illegale kommunistische Partei Elsass-Lothringen.
Vorgang : Dort. Schreiben vom 8.12.1942 Geschz. 556 Str.193/42.
Anlagen :

Die im dortigen Schreiben erwähnten Personen :
1. E..., verh. Bergarbeiter, geb. xxx in xxx, wohnhaft xxx,
2. G..., verh. Kraftfahrer, geb. xxx in xxx, wohnhaft xxx,
waren anlässlich der Aufrollung der illegalen kommunistischen Partei als V-Männer eingesetzt.

- E... erhielt im März 1942 über eine Mittelperson (Werkpolizisten) den Auftrag die unter den Kaliarbeitern zirkulierenden kommunistischen Flugblätter in die Hände zu bekommen und dem Werkpolizisten zu übergeben. Er hat die im dortigen Schreiben erwähnten Flugblätter von den Beschuldigten W... und R... in Empfang genommen und über den Werkpolizisten der hiesigen Dienststelle zugeleitet.

- G... wurde im April 1942 vom Referat N in Strassburg als V-Mann gegen die illegale KP-Gruppe in Mülhausen angesetzt. Er hat mit den Beschuldigten L..., E..., T..., V... Verbindung aufgenommen und laufend an das N-Referat in Strassburg berichtet.

In Vertretung

TRADUCTION

Police de sûreté
Commando d’intervention III/2
Gestapo II AA – 5/42 g.NA
A l’attention du Juge d’Instruction du Tribunal du Peuple
sis actuellement à Schirmeck - Camp de sûreté de Vorbruck
Objet : Illégalité du parti communiste en Alsace-Lorrraine
Références: Courrier du 8.12.1942 établi à Schirmeck – N° Classement : 556 Str.193/42
Annexes :

Les personnes citées dans le courrier mentionné ci-dessus
1. E..., marié, mineur de potasse, né le xxx à xxx, domicilié à xxx
2. G..., marié, chauffeur, né le xxx à xxx, domicilié à xxx
avaient été recrutées comme informateurs (hommes de confiance) lors de la découverte du parti communiste illégal.

- En mars 1942, E... a été chargé par une tierce personne (un policier des mines) de collecter les tracts communistes circulant entre les mineurs et de les remettre à ce dernier. Les tracts mentionnés dans le courrier cité en références lui avaient été donnés par les accusés W... et R...; une fois remis au policier des mines, les tracts ont été transmis au service mentionné ci-dessus.
- En avril 1942 G... a été chargé par le Bureau N de Strasbourg d’infiltrer le groupe communiste illégal de Mulhouse. Il avait pris contact avec les accusés L..., E..., T..., V... et envoyait régulièrement des informations au Bureau N de Strasbourg.

Par délégation,

23 janvier 1943

Le condamné Eugène Boeglin
est de religion catholique

27 janvier 1943 (1)

Au nom du Peuple Allemand

Copie du jugement du 23 janvier 1943

condamnant à mort Birr, Sontag, Boeglin et Murbach

et à une peine de prison de 6 et 12 ans Minery et Korb,

 

27 janvier 1943 (2)

*

1er février 1943

Transfert d'Eugène Boeglin

au Centre de détention provisoire de Stuttgart

1er juin 1943

*

31 août 1945

Lettre de Jeanne Boeglin à M. Gasser, Centre des Déportés et Rapatriés à Colmar

Madame Jeanne BOEGLIN, veuve de Mr. Eug. BOEGLIN Instituteur - condamné à mort pour haute trahison par le Volksgerichtshof, siégeant le 23 Janvier 1943 à Strasbourg, exécuté le 1er Juin 1943 à Stuttgart.

Je déclare sur l'honneur m'être expatriée en Allemagne le 25 Mai 1943 pour échapper à une déportation dans un camp de travail. Mon but était de sauver mon fils et d'échapper au travail dans une usine de guerre allemande. La déportation m'avait été signalée comme certaine, ci-joint un certificat de la Mairie de Wintzenheim et une copie de l'ordre d'expulsion, qui atteste la véracité de mes dires.

Le premier jour de mon arrivée à Fribourg après avoir difficilement trouvé un pied à terre, je fus appréhendée par la Gestapo qui me somma de travailler immédiatement. J'eu toutes les peines du monde à éviter le travail dans une usine de guerre et à obtenir un travail dans un hôtel. J'ai travaillé à l'hôtel Burggraf. Les patrons qui étaient très fiers de leur parenté avec le Maréchal Goering me menaient la vie dure. Je dus travailler de 7 h le matin jusqu'au soir, astreinte aux durs travaux du ménage. Ils se permettaient les plus méchantes remarques â mon sujet, me blessant moralement bien vivement. Ils se permettaient ces obsevations connaissant ma situation exacte (condamnation à mort de mon mari pour haute trahison, mon expatriement forcé). Sachant combien ces remarques me faisaient souffrir, ayant toujours gardé les sentiments français les plus vifs.

Je suis restée en Allemagne 16 mois, attendant anxieusernent l'arrivée des troupes Alliées. Le 1er Septembre, croyant qu'enfin l'Alsace allait être libérée, je me sauvai et me cachai à Wintzenheim chez la famille Maurer qui consentait à me cacher jusqu'au jour de la Libération, n'ayant eu durant tout ce temps aucune carte d'alimentation.

*

A la même date, Gabrielle SONTAG, veuve d'Auguste SONTAG
envoyait une lettre identique à M. GASSER à Colmar.

Dossier réalisé par Marie-Claude Isner et Guy Frank

Société d'Histoire de Wintzenheim


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