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Justice nationalsocialiste
à Stuttgart
Catalogue de l'exposition
permanente Sabrina Müller 228 pages en allemand |
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Le jugement et la condamnation
Le 1er juin 1943, les résistants alsaciens René Birr,
Eugène Boeglin, Adolphe Murbach
et Auguste Sontag, furent exécutés dans l’atrium du tribunal de Stuttgart. Le
23 janvier 1943, à Strasbourg, ils avaient été condamnés à mort par le Volksgerichtshof - VGH -
(1) sous la présidence de Roland Freisler (2) (BAB R 3017/29279) (3). Le motif d’accusation principal retenu
contre les Alsaciens était la réalisation et la diffusion de tracts. L’un des
tracts conservés dans les dossiers du procureur du Reich au VGH porte le
titre « Alsaciens ! Combattez la terreur hitlérienne ! » C’est un
appel aux ouvriers à ne pas se soumettre à l’occupant nazi. « Pas une
goutte de sang alsacien pour Hitler. Pas de don pour poursuivre la guerre
». La population alsacienne est appelée à s’unir pour se libérer de la «
peste hitlérienne » ; « A bas la guerre, A bas la terreur
hitlérienne ! Vive l’Alsace libre. Davantage de pain pour nos enfants - Vive
la Paix » (BAB R 3017/29278). Pour le Volksgerichtshof,
l’engagement pour la liberté et la paix de René Birr, Eugène
Boeglin, Adolphe Murbach et
Auguste Sontag fut retenu comme « préparation à la haute trahison »
et cela d’autant plus que le groupe avait fait l’acquisition d’armes « pour
la lutte des classes communiste ». « Celui qui commet un tel acte,
lors d’une guerre totale, porte atteinte aux forces combattantes du Reich
» (BAB R 3017/29279). Deux jours après l’annonce de sa condamnation à mort,
Auguste Sontag écrit une lettre d’adieu à sa famille : « C’est une
douleur terrible et indescriptible de quitter la vie et de laisser derrière
soi un enfant mineur. » L’instituteur cherchait à consoler son épouse.
Il se dit à la fois lucide et serein : « Quant à moi, je veux mourir
comme j’ai vécu, fidèle à mes principes et à mon idéal auquel j’ai consacré
ma vie et pour lesquels, maintenant, je vais aussi sacrifier ma vie ».
Ces principes l’avaient conduit à lutter contre le régime totalitaire nazi. «
Nous avons estimé qu’il était de notre devoir de lutter pour la liberté,
la justice et le progrès » (BAB R 3077/29277). Source : Extrait de NS-Justiz in Stuttgart, p.102, traduction Marie-Claude Isner 1) Volksgerichthof : cour spéciale
– tribunal politique visant les condamnations pour haute trahison et atteinte
à la sûreté de l’Etat contre le régime nazi (Wikipédia) Photo : Tract (Flugblatt)
de 1942 |
ELSÄSSER AUF ZUM KAMPF GEGEN DEN HITLERTERROR
Schon bald 2 Jahren lebt nun das ELSASS, der (Texte transcrit sans correction des fautes d'orthographe ou de grammaire) |
ALSACIENS ! COMBATTEZ LA TERREUR HITLERIENNE !Voilà bientôt deux ans que l’ALSACE, |
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Le Palais de Justice de Stuttgart en 1909
C'est dans ce bâtiment sinistre
qu'eurent lieu les exécutions. (Archives municipales de Stuttgart, NS-Justiz
in Stuttgart) |
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Plan du Palais de Justice de
Stuttgart (mars 1938)
A l’arrière du tribunal situé dans la Urbanstrasse 18A, se trouvaient les bâtiments de la détention préventive de Stuttgart érigés en 1878. C’est là que les condamnés attendaient leur procès. C’est là aussi, dans leurs cellules, que les condamnés à mort apprenaient, la veille de leur exécution, que leur demande en grâce avait été rejetée et que leur exécution aurait lieu le lendemain matin. A l’aube, les condamnés étaient conduits, en empruntant un passage souterrain, vers l’atrium « Lichthof » nord du tribunal où les exécutons avaient lieu... (Archives fédérales Stuttgart, NS-Justiz in
Stuttgart) 1 : Prison (Gefängnisgebäude) 2 : Passages sous la cour (Durchgang unter Hof) 3 : Lichthof nord (Justizgebäude) |
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L'atrium (Lichthof)
L'atrium du Palais de Justice de
Stuttgart, L'atrium constitue une sorte de
cour intérieure, (Archives municipales de Stuttgart, NS-Justiz in Stuttgart) |
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L'atrium (Lichthof))
L'atrium derrière la salle
d'audience du tribunal. (Archives municipales de Stuttgart) Après l’attaque aérienne du 13 septembre 1944, l’avocat général O.L. informa la direction de la prison de Bruchsal que le tribunal de Stuttgart a subi d’importants dégâts et que la machine servant aux exécutions qui s’y trouvait en dépôt était « complètement détruite ». Les exécutions prévues pour le 21 septembre à Stuttgart ont donc été transférées à Bruchsal... (NS-Justiz in Stuttgart) |
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La dernière lettre d'Eugène Boeglin à sa famille(NS-Justiz in Stuttgart, original conservé aux Archives fédérales à Berlin) Elle est datée du 31 mai 1943, la veille de son exécution, et adressée à Joh. Boeglin, Winzenheim, son épouse. Mais elle ne fut jamais expédiée à sa famille Ma mort sera certainement utile à quelque chose. * Transcription et Traduction de la Lettre |
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L'affiche sanglante(NS-Justiz in Stuttgart, original conservé aux Archives fédérales à Berlin) Le 1er juin 1943, très tôt le matin, des placards rouges annonçaient, y compris à Colmar, l'exécution de quatre résistants haut-rhinois. Avis à la Population |
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Faire part de décèsLe même jour, 1er juin 1943, à 17h35, Le texte est court : D'après le Landesarchiv Baden-Württemberg, Dept. Staatsarchiv Stuttgart, |
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Effets personnelsLe 3 juin 1943, le président du dépôt de détention à Stuttgart adresse à Jeanne Boeglin - 1 paire de chaussures Avec prière d'accuser réception. |
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Registre des exécutionsLe registre du bourreau fait état de 35 exécutions ce 1er juin 1943Frantisek Fiferna 41 Jahre alt Gärtner Politisches Delikt Volksgerichtshof |
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Un article paru dans "Die Volksstimme" en 1949Voici des extraits d'un article du journal "Die Volksstimme" du 7 juillet
1949 : Le matin à 5 heures, les candidats à la mort furent
réveillés et on leur donna à nouveau lecture de leur condamnation à mort.
Puis ils durent se déshabiller totalement et revêtir la chemise de la mort en
papier, au col découpé. Ils furent conduits à la cour intérieure du bâtiment
de justice, où les valets du bourreau attendaient leurs victimes. Les
condamnés furent couchés et attachés à l'échafaud. Le bourreau appuya sur un
bouton, le couperet s'abaissa et l'on passa à la prochaine victime. Ce même
jour, 35 personnes furent exécutées de cette façon. Source : Wintzenheim 1939-1945, Guy Frank, 2004 Nota : la photo représente un exemplaire du journal de septembre 1949. Nous recherchons l'édition du 7 juillet 1949... |
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Le bourreau (Scharfrichter)Johann Baptist Reichhart, né le 29 avril 1893 à
Wichenbach près de Wörth sur le Danube, est un bourreau allemand descendant d'une lignée de bourreaux
bavarois qui remonte jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. Il est le bourreau le
plus affairé d'Allemagne au XXe siècle, et probablement de toute l’histoire
contemporaine. Le bourreau se déplaçait, en voiture ou en train 3ème classe, d'un lieu d'exécution à l'autre. Il touchait un salaire annuel de 3000 Reichsmark, ainsi qu'une indemnité de 60 RM par exécution. Mais comme le nombre d'exécutions journalières se multipliait à compter de 1941, il ne touchait plus alors que 60 RM pour la première et 30 RM pour chacune des suivantes. Le bourreau a ainsi amassé une fortune durant le régime nazi, avec 3165 exécutions à son actif, dont 2948 par guillotine (Fallbeil). Il a également procédé par décapitation à la hache et par pendaison haut et court. (NS-Justiz in Stuttgart) Photo : le bourreau Johann Reichhart, au centre, présente sa guillotine, entouré de
ses assistants. |
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La guillotine (Fallbeil)
La veille des exécutions, Johann Reichhart arrivait accompagné de ses aides pour monter
la guillotine. Le déroulement de l’exécution était
particulièrement horrible. La mort était immédiate et les aides
déposaient les corps et les têtes dans des cercueils placés à proximité. (NS-Justiz in Stuttgart) Photo : La guillotine de Reichhart à la prison de Plotzensee |
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Fosse commune à HeidelbergDurant longtemps, on ne put savoir ce qu'il advint des corps des victimes et les membres de leurs familles ne furent jamais informés. Grâce au VVN (association allemande de persécution du régime nazi), le secret put être levé ; même après leur mort, on ne laisse pas de paix aux victimes. Le régime nazi transféra leurs corps à la faculté de médecine de Heidelberg, où ils servirent de sujet d'expérience pour l'anatomie, puis ils furent enterrés dans une fosse commune au cimetière de montagne de Heidelberg. Le 7 juillet 1968, à l'occasion d'une cérémonie de commémoration, une plaquette du souvenir fut posée sur les tombes, portant les noms des victimes. (Wintzenheim 1939-1945, Guy Frank, 2004) |
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Incroyable mais vrai !Durant sa carrière, le bourreau Johann Reichhart avait pour caractéristique de rendre l'exécution la plus rapide possible et donc la moins pénible pour le condamné, grâce entre autres à des modifications apportées à la guillotine. Reichhart était très attaché à un strict respect du protocole d'exécution, s'habillant d’un haut de forme et d’un nœud papillon noir. Au cours de la dénazification, les autorités américaines ne le firent pas exécuter, bien qu'il fût accusé de nazisme. Cela peut s'expliquer par le côté « humain » dont il faisait preuve. D'autre part, ils avaient besoin d'un spécialiste expérimenté pour leurs propres exécutions. L'expérience de Reichhart fut précieuse pour la justice américaine puisque, dit-on, il enseigna la technique de la pendaison au sinistre sergent-chef John Clarence Woods, l’exécuteur officiel de l’armée américaine, qui le chargea de surveiller la construction des potences à Nuremberg. Woods put ainsi pendre le 16 octobre 1946 les principaux criminels de guerre du procès de Nuremberg. Par la suite, comme la plus grande partie de ses biens avait été confisquée après la guerre et qu'on ne lui avait pas accordé de pension de retraite, Reichhart gagna sa vie en fabriquant des lotions capillaires et des parfums, et en élevant des schnauzers. Il est mort le 26 avril 1972 à Dorfen (près d'Erding). |
Dossier réalisé par Marie-Claude Isner et Guy Frank
Société d'Histoire de Wintzenheim
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