WINTZENHEIM 39-45

Justice nationalsocialiste à Stuttgart


Le soir du 31 mai 1943, les représentants de la justice se rendirent dans les cellules des prisonniers pour les informer que l’exécution de leur condamnation à mort aurait lieu le lendemain matin. « Nos espoirs en une grâce terrestre se sont avérés vains » écrit Eugène Boeglin dans une lettre adressée à sa famille la veille de sa mort. Cet homme catholique a réconforté sa femme par ces mots « C’est avec la plus grande confiance que je regarde la mort en face ». Il a redonné espoir aux siens : « Je les vois, les beaux jours qui se lèveront bientôt à nouveau sur l’Alsace et sur vous. Souvenez-vous alors de moi ! ». L’administration de la justice nazie confisqua la lettre d‘adieu qui ne fut pas envoyée à la famille. Contrairement aux exécutions des résistants tchèques qui ne donnèrent lieu ni à un quelconque affichage ni à une insertion dans la presse de la part du Ministère de la Justice du Reich, l’exécution des condamnations à mort des résistants alsaciens donna lieu à une large diffusion : les avis nominatifs furent placardés pendant toute une semaine, y compris à Colmar. Entre 1942 et 1944, 26 personnes, membres de la Résistance française, furent guillotinées à Stuttgart.

Sabrina Müller, NS-Justiz in Stuttgart

Justice nationalsocialiste à Stuttgart

Catalogue de l'exposition permanente
de la Maison de l'Histoire du Bade-Wurtemberg
au tribunal de district de Stuttgart

Sabrina Müller
Maison de l'Histoire du Bade-Wurtemberg
Stuttgart, janvier 1979

228 pages en allemand

Le jugement et la condamnation

Le 1er juin 1943, les résistants alsaciens René Birr, Eugène Boeglin, Adolphe Murbach et Auguste Sontag, furent exécutés dans l’atrium du tribunal de Stuttgart. Le 23 janvier 1943, à Strasbourg, ils avaient été condamnés à mort par le Volksgerichtshof - VGH - (1) sous la présidence de Roland Freisler (2) (BAB R 3017/29279) (3). Le motif d’accusation principal retenu contre les Alsaciens était la réalisation et la diffusion de tracts. L’un des tracts conservés dans les dossiers du procureur du Reich au VGH porte le titre « Alsaciens ! Combattez la terreur hitlérienne ! » C’est un appel aux ouvriers à ne pas se soumettre à l’occupant nazi. « Pas une goutte de sang alsacien pour Hitler. Pas de don pour poursuivre la guerre ». La population alsacienne est appelée à s’unir pour se libérer de la « peste hitlérienne » ; « A bas la guerre, A bas la terreur hitlérienne ! Vive l’Alsace libre. Davantage de pain pour nos enfants - Vive la Paix » (BAB R 3017/29278). Pour le Volksgerichtshof, l’engagement pour la liberté et la paix de René Birr, Eugène Boeglin, Adolphe Murbach et Auguste Sontag fut retenu comme « préparation à la haute trahison » et cela d’autant plus que le groupe avait fait l’acquisition d’armes « pour la lutte des classes communiste ». « Celui qui commet un tel acte, lors d’une guerre totale, porte atteinte aux forces combattantes du Reich » (BAB R 3017/29279). Deux jours après l’annonce de sa condamnation à mort, Auguste Sontag écrit une lettre d’adieu à sa famille : « C’est une douleur terrible et indescriptible de quitter la vie et de laisser derrière soi un enfant mineur. » L’instituteur cherchait à consoler son épouse. Il se dit à la fois lucide et serein : « Quant à moi, je veux mourir comme j’ai vécu, fidèle à mes principes et à mon idéal auquel j’ai consacré ma vie et pour lesquels, maintenant, je vais aussi sacrifier ma vie ». Ces principes l’avaient conduit à lutter contre le régime totalitaire nazi. « Nous avons estimé qu’il était de notre devoir de lutter pour la liberté, la justice et le progrès » (BAB R 3077/29277).
Fin janvier 1943, Birr, Boeglin, Sontag et Murbach avaient été transférés de Strasbourg à la maison d’arrêt de Stuttgart. C’est là, que pendant quatre mois, ils ont attendu la décision du Ministère de la Justice du Reich quant à leur recours en grâce.

Source : Extrait de NS-Justiz in Stuttgart, p.102, traduction Marie-Claude Isner

1) Volksgerichthof : cour spéciale – tribunal politique visant les condamnations pour haute trahison et atteinte à la sûreté de l’Etat contre le régime nazi (Wikipédia)
2) Roland Freisler : Président du Volkgerichthof (Tribunal du Peuple), a prononcé la condamnation à mort de plus de 2600 personnes entre 1942 et 1945 (Wikipédia)
3) BAB Bundesarchivamt Berlin

Photo : Tract (Flugblatt) de 1942
(Archives fédérales Berlin, NS-Justiz in Stuttgart)

ELSÄSSER AUF ZUM KAMPF GEGEN DEN HITLERTERROR

Schon bald 2 Jahren lebt nun das ELSASS, der
Freiheit beraubt, unter der Gewaltherrschaft HITLERS.
In dieser Zeit, hat das Elsässische Volk erfahren
was Nazifreiheit bedeudet, hauptsächlich die jenigen,
die es in Schirmeck u. anderen Lagern gelernt haben,
natürlich unter anwendung, der berühmten Gestapo
methoten. Diese Gestapomänner, die wahrsten Henker,
auf Befehl HITLERS arbeitent, haben nicht danach
gefragt, ob Sie durch Ihre saubere Arbeit, ganze Fami-
lien ins Unglück gestürzt haben.
Nach all dem, tritt man uns mit dieser Frechheit gegenüber.
Freiwillig an Hitlers Befreiungskampf Teil zu nehmen u. somit be-
weisen, dass wir dem Führer dankbar sind, dass er uns unterjocht
hat „Vergelts im Gott“, der Danck ist ihm gewiss. Die Deutschen Mütter,
Frauen u. Waisen, können es diesem Kriegshetzer von Format danken,
dass Ihre Männer und Söhne in Russischer Erde ruhen.
Soweit darf es bei uns nicht kommen. Wir wollen es unseren
Familien ersparen, dass Sie das selbe Los ereilt.
Darum Elsässische Arbeiter, keiner verlässt seine Heimat.
Kein Tropfen Elsässer Blut für Hitler. Keine Spende um den
Krieg zu verlängern. Auf Elsässisches Volk, gebt durch Euer Beispiel
den Hoffnungen Hitlers ein Schlag ins Gesicht, beweist durch Euere
Einheit u. Kräfte, dass wir nicht gewillt sind, weiter das Joch zu tragen.
Sammelt Euch zur gemeinsamen Befreiung von der Hitlerpest.
Nieder mit dem Krieg ! Nieder mit dem Hitlerterror !
Es lebe das Freie Elsass ! Mehr Brot für unsere Kinder.
ES LEBE DER FRIEDE.

(Texte transcrit sans correction des fautes d'orthographe ou de grammaire)

ALSACIENS ! COMBATTEZ LA TERREUR HITLERIENNE !

Voilà bientôt deux ans que l’ALSACE,
dépouillée de sa liberté, vit sous la tyrannie hitlérienne.
Pendant cette période, le peuple alsacien a compris
ce que signifie la liberté nazie, en particulier ceux
qui y ont été confrontés à Schirmeck ou dans d’autres camps
où les redoutables méthodes de la Gestapo
sont évidemment appliquées. Ces hommes de la Gestapo, de vrais bourreaux,
qui travaillent sous les ordres de Hitler, n’ont jamais posé la question
de savoir si leur sale boulot n’a pas précipité des familles entières
dans le malheur. Après tout ceci, c’est avec un culot éhonté qu’on nous fait face.
Prendre part volontairement au combat de libération de Hitler
et témoigner ainsi notre reconnaissance au Führer de nous avoir
assujettis. « Dieu le lui rendra » la récompense lui est assurée. Les mères,
femmes et orphelins allemands pourront remercier ce forcené de la guerre
de faire reposer en terre russe leurs maris et leur fils.
Il ne faut pas que nous en arrivions là chez nous. Nous voulons
éviter à nos familles d’être frappées par un tel sort.
C’est pourquoi, qu’aucun de vous, Travailleurs Alsaciens, ne quitte sa patrie.
Aucune goutte de sang pour Hitler. Aucun don pour
prolonger la guerre. Debout, peuple d’Alsace ! Donnez, par votre exemple,
une raclée aux espérances de Hitler. Montrez par votre
union et vos forces que nous ne voulons plus courber l’échine.
Unissez-vous pour une libération totale de la peste hitlérienne !
A bas la guerre ! A bas la terreur hitlérienne !
Vive l’Alsace libre ! Plus de pain pour nos enfants !
VIVE LA PAIX !

Le Palais de Justice de Stuttgart en 1909

C'est dans ce bâtiment sinistre qu'eurent lieu les exécutions.
Stuttgart était le lieu d'exécution pour le Wurtemberg,
Hohenzollern, Bade, Pfalz, l'Alsace et la Lorraine

(Archives municipales de Stuttgart, NS-Justiz in Stuttgart)

Plan du Palais de Justice de Stuttgart (mars 1938)

A l’arrière du tribunal situé dans la Urbanstrasse 18A, se trouvaient les bâtiments de la détention préventive de Stuttgart érigés en 1878. C’est là que les condamnés attendaient leur procès. C’est là aussi, dans leurs cellules, que les condamnés à mort apprenaient, la veille de leur exécution, que leur demande en grâce avait été rejetée et que leur exécution aurait lieu le lendemain matin.

A l’aube, les condamnés étaient conduits, en empruntant un passage souterrain, vers l’atrium « Lichthof » nord du tribunal où les exécutons avaient lieu...

(Archives fédérales Stuttgart, NS-Justiz in Stuttgart)

1 : Prison (Gefängnisgebäude)

2 : Passages sous la cour (Durchgang unter Hof)

3 : Lichthof nord (Justizgebäude)

L'atrium (Lichthof)

L'atrium du Palais de Justice de Stuttgart,
endommagé par un bombardement le 13 septembre 1944

L'atrium constitue une sorte de cour intérieure,
ouverte dans le haut pour laisser entrer la lumière.
C'est dans cet espace qu'était installée la guillotine.

(Archives municipales de Stuttgart, NS-Justiz in Stuttgart)

L'atrium (Lichthof))

L'atrium derrière la salle d'audience du tribunal.
Après le bombardement du 13 septembre 1944,
une partie importante des bâtiments du tribunal disparut dans un incendie.
Les ruines restantes furent dynamitées en automne 1950.

(Archives municipales de Stuttgart)

Après l’attaque aérienne du 13 septembre 1944, l’avocat général O.L. informa la direction de la prison de Bruchsal que le tribunal de Stuttgart a subi d’importants dégâts et que la machine servant aux exécutions qui s’y trouvait en dépôt était « complètement détruite ». Les exécutions prévues pour le 21 septembre à Stuttgart ont donc été transférées à Bruchsal...

(NS-Justiz in Stuttgart)

Wintzenheim

Wintzenheim

La dernière lettre d'Eugène Boeglin à sa famille

(NS-Justiz in Stuttgart, original conservé aux Archives fédérales à Berlin)

Elle est datée du 31 mai 1943, la veille de son exécution, et adressée à Joh. Boeglin, Winzenheim, son épouse.

Mais elle ne fut jamais expédiée à sa famille
car la censure avait souligné de rouge certains passages
jugés lourds de sens, comme par exemple :

Ma mort sera certainement utile à quelque chose.
et plus loin
Je vois les beaux jours qui se lèveront bientôt à nouveau sur vous et sur l’Alsace.

*

Transcription et Traduction de la Lettre

L'affiche sanglante

(NS-Justiz in Stuttgart, original conservé aux Archives fédérales à Berlin)

Le 1er juin 1943, très tôt le matin, des placards rouges annonçaient, y compris à Colmar, l'exécution de quatre résistants haut-rhinois.

Avis à la Population
Le 23 janvier 1943, la Cour de Justice du Peuple a condamné à la peine capitale et à la déchéance définitive des droits civiques pour menace de haute trahison et intelligence avec l’ennemi :
- René Birr de Réguisheim, âgé de 20 ans,
- Auguste Sontag de Wintzenheim, âgé de 27 ans,
- Eugène Boeglin d'Obermichelbach, âgé de 30 ans,
- Adolf Murbach de Sundhofen, âgé de 40 ans.
Les exécutions ont eu lieu ce jour.
Berlin le 1er juin 1943
Le Procureur du Reich auprès de la Cour de Justice du Peuple

Faire part de décès

Le même jour, 1er juin 1943, à 17h35,
l'épouse d'Eugène Boeglin reçoit un télégramme envoyé de Ludwigsburg
lui annonçant le décès de son mari.

Le texte est court :
Mann heute gestorben, kein Begräbnis
Mari décédé aujourd'hui, pas d'enterrement
signé : Domogalla

D'après le Landesarchiv Baden-Württemberg, Dept. Staatsarchiv Stuttgart,
il pourrait s'agir de Karl Domogalla (1911-1994), pasteur à Kirchhausen
.

Effets personnels

Le 3 juin 1943, le président du dépôt de détention à Stuttgart adresse à Jeanne Boeglin
9 rue Principale à Wintzenheim
un colis contenant les effets de son maris exécuté 2 jours auparavant, à savoir :

- 1 paire de chaussures
- 1 paire de pantoufles
- 1 pullover
- 3 paires de bas
- 1 chapeau
- 1 lavette
- 3 mouchoirs
- 1 cache-nez
- 6 chemises
- 3 caleçons
- 1 gilet
- 1 peigne
- encore 1 paire de bas
- différentes lettres

Avec prière d'accuser réception.
Signé : un employé administratif.

Registre des exécutions

Le registre du bourreau fait état de 35 exécutions ce 1er juin 1943

Frantisek Fiferna 41 Jahre alt Gärtner Politisches Delikt Volksgerichtshof
Jaroslav Mach 56 Schlossermeister Politisches Delikt Volksgerichtshof
Karel Nepokoj 38 Autolackierer Politisches Delikt Volksgerichtshof
Frantisek Prusa 42 Bauführer Politisches Delikt Volksgerichtshof
Karel Skop 40 Hausmeister Politisches Delikt Volksgerichtshof
Josef Bittner 46 Kohlenlagerhalter Politisches Delikt Volksgerichtshof
Frantisek Drasner 43 Beamter Politisches Delikt Volksgerichtshof
Josef Hartmann 55 Arbeiter Politisches Delikt Volksgerichtshof
Karel Novotny 39 Wassermeister Politisches Delikt Volksgerichtshof
Johann Sedlacek 39 Privatbeamter Politisches Delikt Volksgerichtshof
Josef Zabokrtsky 44 Lehrer Politisches Delikt Volksgerichtshof
Vaclav Divis 45 Fabrikarbeiter Politisches Delikt Volksgerichtshof
Jaroslav Flegr 43 Fabrikarbeiter Politisches Delikt Volksgerichtshof
Jan Schreiber 52 Färbermeister Politisches Delikt Volksgerichtshof
Josef Toman 49 Arbeiter Politisches Delikt Volksgerichtshof
Rene Birr 20 Schlosser Politisches Delikt Volksgerichtshof
Eugene Boeglin 30 Lehrer Politisches Delikt Volksgerichtshof
Adolphe Murbach 40 Schreiner Politisches Delikt Volksgerichtshof
Auguste Sontag 27 Lehrer Politisches Delikt Volksgerichtshof
Heinrich Buhl 30 Elektriker Betrug Diebstahl Sondergericht Stuttgart
Johann Lehnen 28 Schuhmacher Betrug Sondergericht Stuttgart
Hans Günter Loofmann 25 Hilfsarbeiter Betrug Sondergericht Stuttgart
Franz Josef Eichner 41 Bäckergehilfe Betrug Sondergericht Mannheim
Anton Geble 36 Magazinverwalter Sexualdelikt Sondergericht Mannheim
Anton Geble 53 Schlosser Einbruchdiebstahl Sondergericht Mannheim
Willy Ihrig 34 Lederarbeiter Diebstahl Sondergericht Mannheim
Friedrich Bachmann 62 Fuhrmann Diebstahl Sondergericht Freiburg
Matija Smontara 38 Fabrikarbeiter Diebstahl Sondergericht Frankenthal
Johannes Knapp 22 Maschinenarbeiter Selbstverstümmelung Gericht der Div. Nr. 465 Ulm
Willy Kleinicke 20 Konditor Desertion Gericht der Kommandantur der Befestigungen Eifel-Saarpfalz
Robert Bock 19 Schlosser Desertion Gericht der Kommandantur der Befestigungen Eifel-Saarpfalz
Fritz Drescher 20 Lagerarbeiter Desertion Gericht der Kommandantur der Befestigungen Eifel-Saarpfalz
Franz Josef Reinhart 28 Schreiner Diebstahl Gericht der Division Nr.172 Mannheim
Konrad Karl 26 Tiefbauarbeiter Desertion Gericht der Division Nr. 465 Heuberg
Paul Wieber 25 Schlosser Desertion Gericht der Division Nr. 465 Heuberg
(NS-Justiz in Stuttgart, page 150)

Un article paru dans "Die Volksstimme" en 1949

Voici des extraits d'un article du journal "Die Volksstimme" du 7 juillet 1949 : Le matin à 5 heures, les candidats à la mort furent réveillés et on leur donna à nouveau lecture de leur condamnation à mort. Puis ils durent se déshabiller totalement et revêtir la chemise de la mort en papier, au col découpé. Ils furent conduits à la cour intérieure du bâtiment de justice, où les valets du bourreau attendaient leurs victimes. Les condamnés furent couchés et attachés à l'échafaud. Le bourreau appuya sur un bouton, le couperet s'abaissa et l'on passa à la prochaine victime. Ce même jour, 35 personnes furent exécutées de cette façon.
Des compagnons de cellule rapportent qu'Auguste Sontag et ses trois camarades chantèrent la Marseillaise en montant à l'échafaud.

Source : Wintzenheim 1939-1945, Guy Frank, 2004

Nota : la photo représente un exemplaire du journal de septembre 1949. Nous recherchons l'édition du 7 juillet 1949...

Le bourreau (Scharfrichter)

Johann Baptist Reichhart, né le 29 avril 1893 à Wichenbach près de Wörth sur le Danube, est un bourreau allemand descendant d'une lignée de bourreaux bavarois qui remonte jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. Il est le bourreau le plus affairé d'Allemagne au XXe siècle, et probablement de toute l’histoire contemporaine.

Le bourreau se déplaçait, en voiture ou en train 3ème classe, d'un lieu d'exécution à l'autre. Il touchait un salaire annuel de 3000 Reichsmark, ainsi qu'une indemnité de 60 RM par exécution. Mais comme le nombre d'exécutions journalières se multipliait à compter de 1941, il ne touchait plus alors que 60 RM pour la première et 30 RM pour chacune des suivantes. Le bourreau a ainsi amassé une fortune durant le régime nazi, avec 3165 exécutions à son actif, dont 2948 par guillotine (Fallbeil). Il a également procédé par décapitation à la hache et par pendaison haut et court.

(NS-Justiz in Stuttgart)

Photo : le bourreau Johann Reichhart, au centre, présente sa guillotine, entouré de ses assistants.
( photo extraite de la vidéo https://www.youtube.com/watch?v=4p6_K4G6LNA )

La guillotine (Fallbeil)

La veille des exécutions, Johann Reichhart arrivait accompagné de ses aides pour monter la guillotine.
L’exécution avait lieu le lendemain à l’aube.
Les aides attachaient la victime à la guillotine. C’est le bourreau qui actionnait le couperet.

Le déroulement de l’exécution était particulièrement horrible.
Les prisonniers se tenaient en rang devant la machine de mort, en pataugeant dans le sang.
Selon un témoin, on pouvait entendre les cris des condamnés jusque dans les cellules de la prison située derrière les bâtiments.

La mort était immédiate et les aides déposaient les corps et les têtes dans des cercueils placés à proximité.
En avril 1944, Reichhart exécuta ainsi 8 résistants en 17 minutes.

(NS-Justiz in Stuttgart)

Photo : La guillotine de Reichhart à la prison de Plotzensee
( http://www.1939-45.net/reichhart.htm )

Fosse commune à Heidelberg

Durant longtemps, on ne put savoir ce qu'il advint des corps des victimes et les membres de leurs familles ne furent jamais informés. Grâce au VVN (association allemande de persécution du régime nazi), le secret put être levé ; même après leur mort, on ne laisse pas de paix aux victimes. Le régime nazi transféra leurs corps à la faculté de médecine de Heidelberg, où ils servirent de sujet d'expérience pour l'anatomie, puis ils furent enterrés dans une fosse commune au cimetière de montagne de Heidelberg.

Le 7 juillet 1968, à l'occasion d'une cérémonie de commémoration, une plaquette du souvenir fut posée sur les tombes, portant les noms des victimes.

(Wintzenheim 1939-1945, Guy Frank, 2004)

Incroyable mais vrai !

Durant sa carrière, le bourreau Johann Reichhart avait pour caractéristique de rendre l'exécution la plus rapide possible et donc la moins pénible pour le condamné, grâce entre autres à des modifications apportées à la guillotine. Reichhart était très attaché à un strict respect du protocole d'exécution, s'habillant d’un haut de forme et d’un nœud papillon noir.

Au cours de la dénazification, les autorités américaines ne le firent pas exécuter, bien qu'il fût accusé de nazisme. Cela peut s'expliquer par le côté « humain » dont il faisait preuve. D'autre part, ils avaient besoin d'un spécialiste expérimenté pour leurs propres exécutions. L'expérience de Reichhart fut précieuse pour la justice américaine puisque, dit-on, il enseigna la technique de la pendaison au sinistre sergent-chef John Clarence Woods, l’exécuteur officiel de l’armée américaine, qui le chargea de surveiller la construction des potences à Nuremberg. Woods put ainsi pendre le 16 octobre 1946 les principaux criminels de guerre du procès de Nuremberg.

Par la suite, comme la plus grande partie de ses biens avait été confisquée après la guerre et qu'on ne lui avait pas accordé de pension de retraite, Reichhart gagna sa vie en fabriquant des lotions capillaires et des parfums, et en élevant des schnauzers. Il est mort le 26 avril 1972 à Dorfen (près d'Erding).

https://fr-academic.com/dic.nsf/frwiki/880133

La dernière lettre d'Eugène Boeglin

Dossier réalisé par Marie-Claude Isner et Guy Frank

Société d'Histoire de Wintzenheim


Version PDF pour l'imprimante

PRECEDENT - SUIVANT

Copyright SHW 2023 - Webmaster Guy Frank

E-mail
contact@knarf.info

  Retour au Menu
WINTZENHEIM 39-45

Société d'Histoire de Wintzenheim
www.shw.fr