Ce
morceau d'une cloche de l'église Saint-Laurent brisée en mars 1917 fait 24 cm de
long et 5 cm d'épaisseur. Il a été ramassé et caché par Joseph Hug père, alors
membre du conseil municipal de Wintzenheim. Il
s'agit d'un morceau de l'une des deux cloches fondues en février 1845, sur
place à Wintzenheim, par le fondeur itinérant Mesmann, de Robecourt dans les Vosges (collection Denis Haeffelé)
Le 24 novembre 1919,
l'évêque de Strasbourg, Mgr Ruch, en présence du curé Alphonse Straumann et
du maire René Birgy, procédait à la bénédiction des cloches de l'église
Saint-Laurent. Elles remplaçaient les trois cloches précédentes, dont deux,
pesant 1200 et 1800 kg, ont été
prises le 24 mars 1917 par les Allemands qui les avaient brisées à coups de
marteau dans le clocher même. Seule la troisième, pesant 800 kg, était
restée "pour sonner toute seule l'entrée triomphale des Français le 17 novembre
1918". Il s'agissait d'un carillon à battant rétro lancé composé de 5 cloches fondues
par la Maison Paccard Frères à Annecy-le-Vieux :
- Saint Laurent en do, hauteur 1, diamètre 1,53, poids 2150 kg (2080)
- Sainte Jeanne d'Arc en fa, hauteur 4/3, diamètre 1,14, poids 915 kg (880)
- Sacré Cœur de Jésus en sol, hauteur 3/2, diamètre 1,02, poids 641,5 kg (616)
- Saint Joseph en la, hauteur 5/3, diamètre 0,92, poids 472 kg (447)
- Sainte Marie Auxiliatrice en do, hauteur 2, diamètre 0,77, poids 274,2 kg (260)
(le poids entre parenthèses est celui indiqué par Charles
Baumgartner dans son rapport "dommages de guerre" de 1948, AMW 3H6-6)
La commande électrique avait été réalisée par Bohné de Mulhouse. Le choix des
différentes cloches permettait de réaliser les sonneries suivantes :
- sonnerie en classique : 1 - 4/3 - 3/2 - 2
- sonnerie en harmonique : 4/3 - 5/3 - 2 et 1 - 4/3 - 5/3
- sonnerie en dia phonique : 1 - 4/3 ; 1 - 3/2 ; 4/3 - 2 ; 3/2 - 2 ; 4/3 - 5/3 et 5/3 - 2
Il s'agissait par conséquent d'un très bel ensemble donnant des possibilités
très nombreuses. Cette disposition était assez fréquente chez les Paccard, on
la retrouvait par exemple à Gundolsheim, à une tierce mineure vers l'aiguë.
La vie de ces cloches fut de courte durée puisque, même pas un quart de siècle plus tard, les Allemands les retirèrent à nouveau du clocher pour fabriquer leurs engins de mort. Les quatre plus grandes cloches furent saisies par les autorités d'occupation et enlevées pendant les journées du 13 au 15 décembre 1943. Le poids total des cloches ainsi enlevées était de 4023 kg. Dans son rapport, l'ingénieur Charles Baumgartner déplore :
"Si j'ai déjà rencontré des équipes d'enlèvement qui faisaient de leur travail des actes de vandalisme, comme par exemple à Turckheim, ces équipes n'étaient que des enfants de chœur en comparaison de celle qui a opéré à Wintzenheim. J'ai en effet trouvé les cercles de sonnerie, ferrures d'attache et jougs éparpillés un peu partout. On en trouve au beffroi, dans les combles de la nef, à la sacristie. Les coffrets de commande, leurs barres de scellement et des marteaux de sonnerie sont démontés sans nécessité. Bien plus, cette équipe n'a même pas vu que ces cloches devaient être descendues par l'intérieur, opération inverse de celle effectuée en 1919, et pour laquelle tout était préparé, et n'a pas hésité à scier les poteaux de refend sud de l'empoutrerie pour pouvoir les descendre par l'extérieur".
Les quatre cloches furent transportées à Colmar et ensuite à Hambourg où elles ont été fondues à la Norddeutsche Affinerie.
Source : AMW 3H6 (6)
Le dimanche 12 décembre 1943, le conseil de fabrique, réunissant Félix Richert, Joseph Jenny, Alfred Birgy, Laurent Muller et le curé Joseph Ries, inscrivit dans son compte-rendu, en allemand : «Confiscation et enlèvement des cloches. Par ordre de l’organisme chargé du rassemblement des métaux pour le Reich (ReichsMetallsammelstelle), furent réquisitionnées les quatre plus grosses cloches de notre église, à savoir : Saint-Laurent 2150 kg, Jeanne d’Arc 915 kg, Sacré Cœur de Jésus 641,5 kg et Saint-Joseph 472 kg, ainsi qu’une cloche de la chapelle. Les travaux de démontage sont en cours et seront terminés dans les prochains jours. Ces cloches furent baptisées le 24 novembre 1919 par Mrg Ruch, évêque de Strasbourg, et maintenant elles doivent malheureusement servir à des fins guerrières. En ce qui concerne un dédommagement, aucune disposition n’a encore été prise. La réunion fut close avec le souhait de pouvoir bientôt vivre la fin de la guerre et d’être en mesure d'acquérir de nouvelles cloches.»
Source : archives du Conseil de Fabrique
En assistant au départ des cloches, l'abbé Kretz a dit : "Er kenna die Glocka hohla, m'r wessa doch well Zitt ass es esch !" (vous pouvez emporter les cloches, on saura quand même quelle heure il est).
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Photos Julien Ackermann |
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Photo de gauche : collection Guy Frank * Photo de droite : collection Robert Bouillon |
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(collection Guy Frank) |
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(collection Guy Frank) |
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(collection Guy Frank) |
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(collection Guy Frank) |
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De gauche à droite : Enfants à l'avant : Joseph Sutter, Hubert Schmitt Enfants à l'arrière : Lucien Zind, Masson Hommes sur le parvis : 4 ouvriers, curé Ries, Paul Riedinger, 1 ouvrier Enfant à droite : Grawey (collection Jean-Paul Dussel) |
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(collection Robert Bouillon) |
Le 9 juillet 1944, sous le point "divers", le conseil de fabrique, au vu de la situation et du rapprochement du front qui pourrait constituer un danger pour les bâtiments des églises, décide de prendre des mesures. La décision est prise de faire fabriquer cinq grandes caisses en bois, en forme de coffres, dans lesquelles pourront être, le cas échéant, emballés et mis en sécurité les indispensables objets de culte et les ornements les plus précieux, calices, linge d'église, etc... La réunion est close avec le souhait que la guerre ne produise pas chez nous son oeuvre destructrice.
Source : archives du Conseil de Fabrique
Par suite des bombardements d'artillerie, le bâtiment de la chapelle Notre-Dame et tous les vitraux ont été endommagés. Le 15 décembre 1944, c'était un vendredi soir vers 18 heures, le curé Ries vint trouver Robert qui était avec d'autres gens du voisinage dans la cave de la maison Andrès, et lui demanda de l'aider à mettre la statue de la Vierge en sécurité. Il prit la charrette disponible dans la cour (Fueterkutsch) et se rendit hâtivement à la chapelle. Il descendit la Piéta qui lui sembla très légère, la recouvrit avec les aubes des servants de messe et une nappe d'autel. Il emporta le précieux chargement dans l'église paroissiale. Il faisait nuit, et personne ne s'était aperçu de ce déménagement. La statue fut entreposée dans le sous-sol de l'église. Quelques jours après la Libération, en présence d'une foule nombreuse, la Piéta a solennellement été portée à la chapelle.
Source : Jean Theiller, histoire de la Chapelle Notre-Dame du Bon-Secours, 1990
18 février 1945 : retour de la Piéta à la Chapelle Notre-Dame
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