WINTZENHEIM 39-45

Jean Hartmann, incorporé de force dans la Waffen SS


WintzenheimJean Hartmann (photo Guy Frank, 26 juillet 2004)

Le R.A.D.

Né le 4 août 1926, Jean Hartmann est enrôlé dans le R.A.D. (Reichsarbeitsdienst) le 4 octobre 1943. Il raconte : 

Comme tous les enrôlés de force, nous fûmes obligés de jurer fidélité au Reich et au Führer. Avant la cérémonie, on nous a fait comprendre que serait poursuivi quiconque ne lèverait pas le bras pour prêter serment. Nous avons levé le bras, mais avons pensé ce que pense un Alsacien lorsque quelque chose ne lui convient pas... On nous a renvoyés dans nos foyers après les fêtes de Noël et du jour de l'an 1944. Nous étions trois originaires de Wintzenheim : Antoine Knittel, né en 1925, Émile Friedrich, né en 1926, et moi-même. Nous sommes arrivés à Wintzenheim le 4 janvier 1944. Il faisait très froid, moins 10 degrés.



Oshofen

RAD - 1943 à Osthofen, au nord de Worms.
Cérémonie de prestation de serment sur la place du village, avec drapeau et musique militaire (collection Jean Hartmann)

Osthofen

RAD - 1943 à Osthofen, au nord de Worms. Jean Hartmann à gauche (collection Jean Hartmann)
Au centre, veste sombre : André Barthélémy Ettwiller de Sainte-Croix-en-Plaine.

Osthofen

RAD - 1943 à Osthofen, au nord de Worms.
Terrain de sport derrière le camp (collection Jean Hartmann)


La Waffen SS

A peine rentré du RAD, j'ai été convoqué au conseil de révision des Waffen SS, puis incorporé le 11 février 1944 comme Panzer Grenadier dans la Division "Das Reich". A Langon, nous logions dans des baraques en bois. C'est devant une de ces baraques, à 8 sur un banc, qu'a été prise la photo d'identité de mon Soldbuch (livret de solde). Sur cette photo, j'ai le sourire, car nous nous demandions comment le photographe allait se débrouiller pour obtenir des photos individuelles avec ce cliché de groupe !

WintzenheimLa photo d'identité et le Soldbuch gardent les traces de l'éclat d'obus qui les a transpercés le 16 juillet 1944, atteignant Jean Hartmann au poumon (collection Jean Hartmann)

Une fois les unités formées, je fus affecté à la 10ème Compagnie du Régiment "Deutschland", qui faisait partie de la Division "Das Reich". Cette division comptait encore deux autres régiments : le Régiment "Führer" et le Régiment "Adolph Hitler". Notre dénomination était "Panzer Grenadier", c'est-à-dire l'infanterie chargée de protéger les chars allemands et de combattre les blindés ennemis. On nous a appris à manier les armes : le fusil, le fusil mitrailleur, les mines, et surtout les Panzerfaust qui venaient d'être améliorés. Notre occupation principale était d'apprendre à nous servir de ces armes dans toutes les situations et positions imaginables. Ce n'était qu'entraînements et marches forcées avec peu de repos et peu de nourriture. Nos chefs voulaient faire de nous des surhommes et des héros. Le fonctionnement et la manipulation du fusil Mauser 1898 nous avait été enseignés durant le RAD. Maintenant, c'était le Maschinen Pistole et surtout le MG 42 (Maschinen Gewehr 1942) que nous devions connaître par cœur. Chaque groupe de 12 soldats possédait 2 MG 42. Il y avait donc 2 Schütze n° 1 (2 mitrailleurs) et 2 Schütze n° 2. Le deuxième mitrailleur était celui qui, en plus de son fusil, sa pelle et son masque à gaz, portait deux caisses de munitions contenant quelques centaines de cartouches montées sur des bandes. A cela s'ajoutaient les cartouchières, deux grenades à main et un canon de rechange pour le MG. C'est un de ces postes qui me fut octroyé. En cas de défaillance du premier tireur, c'était le n° 2 qui devait prendre la relève. L'utilisation et la manipulation de cet engin monté sur trépied n'étaient pas faciles pour les gamins que nous étions. Nous n'avions ni la stature ni la force nécessaires pour maîtriser cette arme en action. La puissance de feu du MG42 était de 28 à 30 coups à la seconde, et la puissance de recul était telle que dès les premiers coups tirés, la trajectoire déviait, ce que nos instructeurs n'appréciaient pas. Il ne fallait actionner la gâchette que quelques fractions de secondes. C'était plus facile en théorie qu'en pratique, mais surtout, nous n'avions pas envie de bien faire...

Source : Une tranche de ma vie, ou une histoire parmi 130.000, Jean Hartmann, Jérôme Do Bentzinger Éditeur, Colmar 2004



Berlin-Tempelhof

St-Josef Krankenhaus Berlin-Tempelhof en février 1945. Jean Hartmann est le 2ème à partir de la droite (collection Jean Hartmann)

 

Une tranche de ma vie, ou une histoire parmi... 130.000

A l'origine, Jean Hartmann n'écrivait que pour sa famille et quelques amis ses mémoires de guerre, son incorporation de force dans l'armée allemande, notamment dans la Waffen SS.

Ce type de témoignage est rare. Il est encore trop souvent imaginé, voire même écrit qu'il fallait être volontaire pour intégrer ce corps. La "tranche de vie" de cet habitant de Wintzenheim (Alsace), qui se confond volontiers avec ses 130.000 compagnons d'infortune, mérite de ne pas être oubliée car elle fait partie de l'Histoire.

Jean Hartmann, Jérôme Do Bentzinger Éditeur, 2004, 104 pages, 10 Euros

Wintzenheim

Jean HARTMANN est décédé le 24 janvier 2015

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