WINTZENHEIM 39-45

25 mai 1940 : le dernier combat du sergent-pilote François Dietrich


Le Sergent François DIETRICH, né à Wintzenheim le 15 janvier 1919,

fut tué en combat aérien près de Machault (Ardennes) le 25 mai 1940


WintzenheimFrançois Dietrich (photo Alphonse Voegtli, collection Marlène Biedermann)

François Dietrich, enfant d'Alsace, héros de France

C'était à Lyon, le jour de la nativité du Seigneur, au déclin de cette année néfaste que fut 1939. Quelques jeunes recrues alsaciennes sont venues noyer leur nostalgie dans la rumeur de la grande ville rhodanienne. Une routine blasée les a conduits au cinéma ; là leurs personnalités s'effacent, succombent à la psychose de l'air saturé de choses humaines ; une douce somnolence les entraîne vers les souvenirs d'hier et les rêves de demain... "d'r Franzi !" une exclamation d'un des leurs déchire le voile et les replace dans la réalité cinématographique : le Président Daladier décore les neufs pilotes qui, dans un combat valeureux contre un effectif ennemi trois fois supérieur, viennent de couvrir de gloire les rares ailes françaises du moment.

Le plus petit, le dernier à gauche, cette tête blonde au sourire doré, c'est lui qui a été reconnu par ses compatriotes des bords du Rhin ; ils prononcent avec fierté son nom, François Dietrich, sergent pilote né le 15 janvier 1919 à Wintzenheim.

De corps et d'esprit très sain, il fut toujours de ceux qui s'imposent naturellement mais discrètement. Il était incontestablement le chef des gamins de son âge au village. C'était lui qui décidait après les vêpres si la bande irait se baigner dans la Fecht ou au Muhlbach, ou bien encore si elle monterait au Hohlandsbourg, laissant le football remis au jeudi. Son esprit aventureux imagina une fois la création d'un clan, à l'instar des Indiens, qu'il surnomma "Massue blanche" et qu'il entraîna par monts et par vaux à la poursuite d'ennemis imaginaires. Un jour la découverte d'un camp adverse - "a Hett" - lui inspira de justes représailles : la murette de pierres fut renversée, les branchages, modestes chevaux de frises, furent arrachés, mais en vrai soldat déjà il prit la responsabilité de son action : il laissa un papier où il écrivit avec un peu de sang que lui avait arraché une ronce d'églantine : "Massue blanche a passé par là !" (Vous pourrez encore voir une ou deux petites massues blanches gravées à coups de pierre sur les bornes forestières au lieu dit "Am Abgebrannte" entre la Chapelle des Bois et le Repos Angèle dans la forêt de Wintzenheim ; ce sont les anciens points de ralliement du clan).

Robert Guidat"Vita mutatur, non tollitur"
La vie n'est pas détruite, mais transformée
(dessin de Robert Guidat, 1946,auteur de l'article)

Après un excellent certificat d'études (on rapporte la belle image qu'il sut trouver un jour pour une rédaction : "des fleurs rangées comme des soldats en revue..."), on pensa devoir le mettre à Colmar à l'EPS, mais un autre plan mûrissait en lui. C'est ainsi que très peu de temps après on le trouve à Ambérieux à l'école d'Aviation Caudron-Renault, et un peu plus tard, pilote en Tunisie. C'est là que les événements de 1939 le rejoignirent pour le ramener en France où la guerre devait normalement lui permettre de donner toute sa mesure, et ses débuts permettaient d'augurer une carrière éclatante. On se plait à imaginer la pensée qui devait animer alors cette âme d'élite, sa vision au-delà des hostilités d'une France revenue à ses plus belles époques, où l'art aurait sa place au soir des grandes aventures, car il dessinait lui même très bien...

Mais la Providence n'a pas voulu la réalisation de ce destin. Une balle maudite le toucha en plein vol. Il eut pourtant la maîtrise de ramener son avion au sol et succomba alors dans les bras de ses frères d'armes qui célèbreront désormais son audace et ses victoires. Ce fut à Machault dans les Ardennes, le 25 mai 1940. C'est  là-bas que sa commune ira le chercher (en 1948) pour le rendre à l'ombre des sapins qu'il a aimés dans son enfance heureuse et aux affectueuses prières de sa famille, entièrement sinistrée. (Le patrimoine des Dietrich a été anéanti par ces obus qui arrachèrent douze précieuses vies à leur commune le 12 janvier 1945).

Depuis, la bataille enragée a sévi sur Wintzenheim. D'autres ont témoigné de leur amour de la liberté française scellée par leur sang, Buhl, le premier fusillé alsacien officiel de l'occupation, Voegtli, le boulanger au cœur généreux, Sontag, l'instituteur au caractère de fer... tous unis maintenant dans l'immense solidarité de la terre. François Dietrich, le plus martial, est leur chef de file, sans peur et sans reproche. Pour le voir, lui, ce sera toujours vers le ciel qu'il faudra regarder, ce ciel dans lequel passe en ce moment l'ombre du Premier Corps Aérien Français, hommage inconscient à sa glèbe natale.

Source : Robert Guidat, Le Nouveau Rhin Français du mercredi 1er août 1945 (Bibliothèque Municipale de Colmar)


12 novembre 1939 : François Dietrich décoré par Édouard Daladier

Le 12 novembre 1939, le terrain d'opérations du GC 2/4 à Xaffévillers (Vosges) reçoit la visite d'Édouard Daladier, Président du Conseil, accompagné du Général Tetu, commandant la Région aérienne, du Général d'Armée aérienne Joseph Vuillemin, chef d'État-major de l'Armée de l'Air, de Guy La Chambre, Ministre de l'air à qui l'on doit la commande aux USA de 100 avions Curtiss H75 en 1938, et du Général Bourret, commandant la 5ème Armée terrestre.


François Dietrich

François Dietrich décoré par le Président Daladier

Ce 12 novembre 1939, le bilan provisoire du 2/4 était de 16 victoires aériennes dont 4 à l'Adjudant Camille Plubeau de la 4ème Escadrille (Petits Poucets) et de 2 morts. Le Président Daladier remet les décorations suivantes :
- Croix de Grand Officier de la Légion d'Honneur au Général d'Harcourt, Chef d'État-major de la Chasse
- Citation au Groupe de Chasse 2/4 (Commandant André Borne)
- Citation à l'Escadrille des Diables Rouges (Lieutenant Régis Guieu)
- Croix de Guerre avec Étoile de Bronze aux quatre pilotes ayant participé au combat du 8 septembre 1939 (les deux premières victoires de la Chasse française) : Adjudant-chef Robert Cruchant, Adjudant Pierre Villey, Sergent-chef Antoine Casenobe, et Sergent François Dietrich.

Source : Jean Prott, 11 juin 2004

Photo prise en avril 1940 devant un Curtiss H75A, Groupe de Chasse 2/4, 3ème Escadrille (Diables Rouges).
De gauche à droite : l'Adjudant Pierre Villey, tué en combat aérien le 25 mai 1940,
le Sergent-chef Antoine Casenobe, tué le 25 février 1943 en Tunisie,
tous deux titulaires des deux premières victoires de la Chasse française le 8 septembre 1939,
et le Sergent François Dietrich, tué en combat aérien le 25 mai 1940 (collection Jean Prott)


Couverture de la revue Match n° 73 du 23 novembre 1939
qui relate cet événement avec un reportage de 6 pages
illustrées d'une dizaine de photos.
En fait, seule la page 27 concerne véritablement les Diables Rouges
(collection Thierry Struss)

Dietrich
Présentation de la délégation de pilotes de la 3ème Escadrille (Diables Rouges)
à Édouard Daladier, Président du Conseil, par le Lieutenant Régis Guieu, commandant d'Escadrille.
Sur cette photo qui illustre également l'article du "Match",
on reconnaît François Dietrich, de profil à droite.
(collection Marlène Biedermann)


Insigne de René Rubin.
L'escadrille est représentée par son insigne,
"Diables de gueules chevauchant un balai d'or", appelé "Diable Rouge".

L'Escadrille des "Diables Rouges" du Groupe de Chasse II/4

Le 2 août 1939, le sergent-pilote François Dietrich est affecté au Groupe de Chasse II/4, au sein de la 3e Escadrille, les "Diables Rouges", équipée d'avions de chasse Curtiss Hawk 75. La 3e Escadrille quitte Reims le 28 août 1939 pour se baser à Xaffévillers, près de Rambervillers (Vosges). Voici le récit du dernier combat de François Dietrich, le 25 mai 1940... 

François Dietrich

François Dietrich dans son avion (collection Marlène Biedermann)


Samedi 25 mai 1940 : le dernier combat de François Dietrich

A neuf contre vingt-sept, la mêlée devient générale. Les avions français, plus maniables, dominent les allemands (Match)

Ce matin, une mission de protection. Villey et Dietrich n'en sont pas revenus... (Nous devions protéger) un Potez * travaillant à vue sur les axes au Nord de Rethel. Tout le groupe (était) en l'air. L'Escadrille aux étages élevés, assure la protection du dispositif. Décollent en 3 patrouilles, de bas en haut : Capitaine Régis Guieu et Commandant Constantin Rozanoff, puis Pierre Villey et François Dietrich. En haut Jean Paulhan, Antoine Casenobe et Jean Guillou. Le Commandant Rozanoff abandonne pour ennui d'hélice. Villey et Dietrich viennent alors se joindre à moi en patrouille simple **. La mission se passe bien ; mais nous sommes entourés et signalés par quelques tirs de D.C.A. boche, juste au Nord de Rethel. Comme c'est répugnant de songer que toute cette vermine germanique s'est déjà installée pour nous faire du mal sur ce coin de terre de France que nous connaissons si bien, nous les anciens Rémois ! Les villages y brûlent.

Après la mission, tout le dispositif s'en retourne... trop lentement, dans nos lignes, Casenobe qui est tout à fait en haut a vu se rapprocher 3 puis 2 points noirs : 5 Messerschmitt qui foncent et nous rattrapent. Casenobe signale en vitesse à Paulhan l'attaque ennemie et dégage le Lieutenant Guillou qui avait déjà l'un d'eux dans la queue. Virage pour faire face aux autres, il ne voit plus rien. Paulhan poursuit un instant le premier qui passe en piqué tout près de moi et esquive en faisant des tonneaux lents en piqué ! puis piqué accentué avec 2 ou 3 Curtiss aux fesses. Le 8 d'Antoine de la Chapelle s'est joint à nous. Le boche redresse au ras des marguerites et fonce chez lui à belle allure. Je ne puis arriver à m'approcher assez pour tirer efficacement... Suippes où cela a commencé est déjà loin derrière nous. Nous franchissons le "no man's land" du camp de Suippes, en coup de vent. Je vois alors un Curtiss passer juste au-dessus de moi avec un grand excédent de vitesse... et rattraper le boche. C'est Villey, tu vas l'avoir, tu vas l'avoir !.. Je crois que je dis cela à voix haute. Villey commence son tir à 50 mètres. Tout au but. Je vois ses incendiaires sur le boche. Celui-ci se met à fumer. Il va sûrement percuter (le sol) d'un instant à l'autre... Mais voilà que peu à peu il gagne du terrain. Il prend lentement et sûrement du champ tout en fumant... Qu'attend-il pour se poser. Bon Dieu ! Je vois alors Dietrich qui était à ma gauche remonter peu à peu, comme dans une course de chevaux... Il va dépasser Villey. Il est juste derrière lui. Tout d'un coup l'avion de Villey éclate en deux morceaux avec une explosion (50 mètres d'altitude). Cela tombe et l'un des morceaux brûle, cependant que sans savoir comment cela a pu se faire, je vois Villey projeté au-dessus de son avion..., son parachute s'ouvre, mais n'a pas le temps de se déployer, et le malheureux tombe dans un layon (de 50 mètres) entre 2 bois rectangulaires de sapins... Cela n'a pas duré 5 secondes. Le parachute, entièrement (déployé), vient se poser à coté du pilote.

Le V de la Chapelle a vu Dietrich percuter Villey - Incompréhension. Pour moi, j’ai cru à une attaque par l’arrière, brusque virage, rien. Je repasse sur le lieu de l’accident. Je ne vois plus Dietrich. Je rentre avec le V de la Chapelle. Le soir aucune nouvelle de Dietrich. Le lendemain, nous apprenons qu’il a été retrouvé à 800 m à l’est de Machault, dans son avion détruit, mais non incendié... et que lui était tué par balles..! Une énigme qui ne sera sans doute jamais éclairée.

Une grande tristesse plane sur l’Escadrille. Villey n’était pas toujours commode et donnait parfois du fil à retordre. Mais c’était un beau diable et un fameux chasseur. Quelle perte pour nous ! Quant au pauvre Dietrich, on l’aimait bien. Et c’était un bon garçon qui promettait, qui avait un cœur d’or, un caractère parfait et qui faisait bien ce qu’on lui confiait.

Dans la journée que nous vivons, nous n’avons plus le temps de nous appesantir. Nous ne parlons pas trop des disparus, mais leur souvenir demeure, et leur vie montre la voie à ceux qui, après eux, prennent le flambeau…

Source : Récit du capitaine Régis Guieu, 3e Escadrille, les "Diables Rouges"

* Potez 63-11 : avion de reconnaissance

** Patrouille simple : 3 avions - Patrouille légère : 2 avions

Curtiss H75A3 n°220 du Sergent François Dietrich,
image tirée de IL2Sturmovik/forgotten battles, et personnalisée par Daniel Roger


Quelques précisions

Jean Prott, 83 ans, mécanicien au GCII/4 de sa création le 15.05.1939 à sa dissolution le 25.08.1940 (photo Cyrille Kilanowski, 10 mai 2003)

- François Dietrich pilotait le n° 220 quand il fut tué.

- Ce combat aérien du 25 mai 1940 engageait 6 Messerschmitt 109 E3, Staffel 1 de la J.G. 53 Pic As (1ère Escadrille, Escadre de Chasse 53 As de Pique). Les pilotes allemands : Lt Schultz, Ob. Lt. Hans Karl Mayer, U.O. Tzschoppe, O.G. Muller, U.O. Reibel, U.O. X... Le U.O. Reibel fut abattu et fait prisonnier. Également engagés 2 Curtiss H 75 de la 3ème escadrille (Diables Rouges) du G.C. 2/4. L'Adjudant Pierre Villey fut tué ainsi que le Sergent François Dietrich. Celui-ci fut présumé touché par balles et son avion aurait accroché celui de Villey en fin de poursuite du 109 près du sol. Le Capitaine Guieu et une équipe se sont rendus sur place le lendemain leur rendre hommage, récupérant l'armement et les parachutes qui, selon la coutume, seront brûlés à Orconte devant toute l'Escadrille. Les corps ont été provisoirement enterrés au cimetière de Cauroy-les-Machault. Ceci 12 jours avant que l'Escadrille ne perde son chef, le Capitaine Régis Guieu, tué en combat aérien le 7 juin 1940. (Source : Jean Prott)

- Quelques infos à propos de cette dramatique sortie : Villey et Dietrich ont été abattus par des Messerschmitt Bf 109E de la 1./JG 53. Cette unité revendique 2 Curtiss vers Attigny à 12:05 et 12:10 heure allemande, et perd un Bf 109E entre Attigny et Sainte-Vaubourg à 16 km au sud est de Rethel. Le second des Curtiss, probablement Dietrich tombé après Villey, est d'ailleurs attribué à la Staffel, le vainqueur n'ayant pas été déterminé. Le premier Curtiss, Villey, serait alors la 9ème victoire de Hans-Karl Mayer. Le narrateur avait sans doute raison, ce fut une attaque par l'arrière. Il n'y a pas d'autres revendications sur des Curtiss ce jour là, ni de pertes dans les autres groupes équipés de H-75. (Source : Stéphane Lehuédé)

- Pour moi Dietrich suivait Villey à la poursuite d'un 109 qui plongeait au sol, Dietrich a reçu une balle (ou il était déjà touché et a perdu connaissance), il a perdu le contrôle de son avion qui est entré en contact avec celui de Villey. (Source : Cyrille Kilanowski).

- Ce même combat est relaté à la page 156 de l'ouvrage de Camille Plubeau "Diables Rouges et Petits Poucets". Il conclut : Dans cette course folle de Curtiss contre Messerschmitt, l'un de ces derniers, placé à altitude supérieure, a pu lâcher une rafale par l'arrière, et peut-être d'assez loin, avant de s'esquiver. Quelques balles suffisent pour tuer Dietrich. Son avion, désormais non contrôlé, poursuit sa trajectoire, et vient, par un épouvantable hasard, croiser celle de Villey... (Éditions Noël Plubeau, Nice)


Le même combat raconté par un membre de la 4e Escadrille, les "Petits Poucets"

Le matin une protection d’un Potez-63 * (pourquoi donc un seul avion alors que nous mettons en l’air le même nombre de patrouilles, qu’il y ait un ou plusieurs avions à protéger). Secteur Berry au Bac-Rethel-Attigny, altitude 3.000 mètres. Au dessus de quatre patrouilles de l’escadrille que commandent respectivement le lieutenant Max Vinçotte, le sous-lieutenant Georges Baptizet, le sous-lieutenant Camille Plubeau et le commandant André Borne avec Antoine de la Chapelle, il y a trois patrouilles de la troisième escadrille.

Avion de chasse Curtiss H75 avec l'insigne des "Diables Rouges"

Le Potez est pris (en protection) au dessus du terrain et nous filons vers les lignes. Tout se passe bien : un peu de D.C.A au nord-est de Rethel, juste pour ne pas en perdre l’habitude. Alors que nous sommes déjà au bout du secteur, que le Potez commence à rentrer dans nos lignes, suivi fidèlement par les premières patrouilles, Gérard Jaussaud croit apercevoir deux patrouilles de Messerschmitt décoller d’un terrain situé très au nord des postes de D.C.A qui nous ont tirés vers la forêt de Signy. Et puis il les perd de vue. Par contre la trois (la 3e Escadrille) les a attaqués et de la Chapelle s’est joint à eux : attaque qui a été fatale à deux de nos pilotes dans des circonstances absolument inexplicables. De la Chapelle donc se met rapidement dans la queue d’un ME-109, qui lui fait un superbe retournement devant le nez. Il fume un peu ; il descend en glissage sur le dos, de la Chapelle le suit, il descend toujours. Le sol arrive, la victoire est proche... mais non ! à 200 mètres du sol, le boche redresse et file à toute vitesse vers ses lignes, laissant le pauvre de la Chapelle littéralement soufflé.

Il le poursuit néanmoins sans trop d’espoir, quand il voit tout à coup deux avions de la trois, bientôt suivis d’une troisième qui piquent comme des brutes et qui grâce à leur excès de vitesse commencent à rattraper le fuyard. L’un d’eux même, c’est Pierre Villey, est vite en position de tir. Il va le descendre sûrement quand tout à coup son équipier le sergent François Dietrich s’approche de lui et ... l’encadre. Les deux avions giclent en l’air et s’abattent (ils étaient à 300 mètres du sol) tandis qu’un parachute s’ouvre. Pouvons-nous encore conserver quelques espoirs ? Hélas ces moments d’attente sont si pénibles. [...]

La troisième escadrille est en deuil : le Capitaine Régis Guieu en faisant une reconnaissance en rase-mottes a aperçu le corps de Villey reposant à coté de son parachute. Dietrich a été retrouvé par les gendarmes mort dans son avion, tué par balles. Personne ne comprend cette énigme que ne sera jamais résolue.

Source : Récit du lieutenant Max Vinçotte, 4e Escadrille, les "Petits Poucets"

* Potez 63-11 : avion de reconnaissance

Ces récits sont extraits du Journal de Marche de la SPA 160 "Diables Rouges" et de la SPA 155 "Petits Poucets", l'histoire au jour le jour des pilotes de l'Armée française, Groupe de Chasse II/4, du 15 mai 1939 au 25 août 1940 (www.gc2-4.com).


Lettre du Capitaine Guieu

Le 29 mai 1940, le capitaine Régis Guieu adressa une lettre au père de François Dietrich :

" Monsieur,
J'ai le très pénible devoir de vous annoncer la mort glorieuse pour son pays de votre fils, le Sergent François Dietrich, de mon escadrille.
Cela s'est passé le 25 Mai à Machault (Ardennes), au cours de l'attaque d'un avion allemand. Il a reçu une balle dans la gorge, a dû se poser immédiatement, et il est mort sans avoir souffert. Il a été tout de suite retiré de son avion et emmené à Cauroy en ambulance. Il a été enterré là le 26.
J'ai pu me rendre sur les lieux le 27, pour rechercher un de ses camarades et anciens, l'Adjudant Villey, tombé non loin de là. Ils reposent tous deux, côte à côte, dans le petit cimetière de Cauroy. Unis dans la mort comme ils le furent dans leur dernier vol. Leur tombe est nette et propre. Elle a cette grandeur et cette simplicité qui rend si émouvants les cimetières militaires.
Au moment où je vous écris, j'ai la gorge qui se noue. Car Dietrich ne comptait à l'escadrille que des amis. Il avait su se rendre sympathique à tous par son humeur égale et parfaite. Il s'acquittait bien de tout ce qui lui était confié. En l'air, il avait un cran et un allant admirable. Je l'aimais tout particulièrement. Il était arrivé à l'escadrille juste avant le départ en guerre et y laisse un souvenir impérissable.
J'ai eu la douleur d'apprendre la nouvelle à son frère qui est dans un régiment d'infanterie et que j'ai rencontré à Cauroy même.
Je vous fais expédier aujourd'hui même par mandat la somme de 2.262,55 Frs trouvée sur lui. Et je tiens à votre disposition ses affaires personnelles dont l'inventaire a été dressé à l'escadrille. J'attends de votre part l'indication d'une adresse où faire parvenir ce qui lui a appartenu.
J'ai une demande à vous faire aussi. Je désirerais que vous m'adressiez, pour l'escadrille où elle figurera toujours à côté des autres pilotes morts pour la France, la photo de votre fils.
En vous présentant, ainsi qu'à Madame Dietrich et à votre famille mes condoléances très émues, je vous prie de croire, Monsieur, à tout mon dévouement. N'ayez pas trop de peine. Soyez fiers. Grâce à de nombreux sacrifices, comme celui de votre fils, la France vivra.
Signé : Capitaine Régis Guieu, S.P. 819"

(collection Marlène Biedermann)

Le capitaine Guieu, lorsqu'il rédigeait la pénible lettre aux parents de François, pouvait-il se douter que, moins de dix jours plus tard, le 7 juin 1940, il connaîtra le sort de ses deux compagnons ?


FRançois DietrichLa tombe provisoire du Sergent François Dietrich
dans le petit cimetière de Cauroy
(collection Marlène Biedermann)

24 novembre 1948 : retour au pays de sa dépouille mortelle

Le 28 mai 1940, François Dietrich fut inhumé au cimetière de Cauroy (Ardennes, 12 km Ouest de Vouziers),
aux côtés de l'adjudant Pierre Villey. Il ne revint au cimetière de Wintzenheim que le 24 novembre 1948.

Le 17 novembre 1948, le Chef du Centre de Dispersion de la Direction interdépartementale de Strasbourg
du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, écrit à la Famille Dietrich :

"J'ai l'honneur de vous faire connaître que la dépouille mortelle de Monsieur François Dietrich, Sergent, dont vous avez demandé la restitution
en application de la loi du 16 octobre 1946, sera remise le 24 novembre 1948 à 15h20 à Monsieur le Maire de la Commune de Wintzenheim..."

C'est un cortège imposant qui accompagna le sergent-pilote, François Dietrich à sa dernière demeure, au cimetière de Wintzenheim, le 24 novembre 1948.
Son cercueil, recouvert d'un drapeau tricolore, était entouré de sa famille, de ses camarades de classe, du maire Bouillon, de l'adjoint Humbert
d'un Capitaine de la garnison de Colmar représentant les autorités militaires et de Jérôme Luckert,
président de la section locale de l'UNC, qui fit l'éloge funèbre du héros.

Source : Le Nouveau Rhin Français et les Dernières Nouvelles du Haut-Rhin du vendredi 26 novembre 1948

Wintzenheim

(photo Guy Frank, 17 mars 2004)

Le 25 janvier 1975,

 à l'occasion du 30ème Anniversaire de la Libération de Wintzenheim,

 la commune a tenu à honorer sa mémoire.

 Une rue de la commune (l'ancienne rue Serpentine, où habitaient ses parents)

 porte désormais son nom.

Le numéro 3 (mai 2006) du trimestriel "Les Ailes Françaises 1939-1945" a publié, page 33, le récit du dernier combat de François Dietrich...


Extrait du Livret Matricule du Sergent DIETRICH, Émile, François

Citation à l'Ordre de la Brigade. (Ordre Général N° 9 du 9 octobre 1939 du Cdt des F.Aé. et F.T.C.A. de la Ve Armée).

"Bon pilote, au cours d'une patrouille de protection dans les lignes ennemies le 8 septembre 1939, attaqué par un ennemi supérieur en nombre, a réussi, avec ses camarades, à mettre en fuite ses adversaires dont deux d'entre eux ont été abattus ; a ramené son appareil criblé de balles".

Croix de guerre avec étoile de bronze.

Citation à l'Ordre de l'Armée Aérienne. - (Ordre N° 66 du 23 juin 1940).

" Jeune et brillant pilote de chasse, plein de fougue et d'entrain, n'ayant cessé de donner depuis le début des hostilités le plus bel exemple d'audace et de ténacité ; a trouvé une mort glorieuse le 25 mai 1940 à la suite d'un combat aérien au cours duquel il avait réussi à abattre son adversaire (350 heures de vol dont 60 heures en mission de guerre)".

Croix de guerre avec palme.

Extrait certifié conforme, Strasbourg le 23 avril 1947


Le dernier combat de François Dietrich : BD de Julien Haeffele


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