Les 21 et 22 juin, encadrées de leurs vainqueurs, de longues colonnes de prisonniers français, démolis moralement et physiquement, certains blessés et exténués soutenus par leurs camarades, traversèrent Wintzenheim à pied, s'en allant vers leur destinée. Triste vision !
De part et d'autre de la rue, la population du village, prise de compassion devant ce spectacle désolant, le cœur sur la main au grand dam de certains gardiens allemands, offrait spontanément à boire et à manger à ces malheureux mais valeureux soldats et gradés de chez nous. Au terme de la "drôle de guerre", ils se sont battus vaillamment sur les bords du Rhin, face à des envahisseurs mieux équipés, tant sur le plan matériel que psychologique.
Je vois encore et toujours cet officier français, tête haute, suivi à quelques pas par son groupe, refuser le sandwich et la boisson qu'on lui tendait en disant "Mes hommes d'abord !". Quand ses hommes eurent reçu de quoi manger, il consentit à se restaurer lui-même quelque peu.
Quelqu'un, à mes côtés, dit : "Schoï, noch Schwàrtzi !" (regarde, il y a aussi des Noirs). Ayant entendu la remarque, un garde allemand, une grande gueule, lança sardoniquement : "Ach, mit diesen machen wir Schuhschmiere !" (Oh, avec ceux-là, nous ferons du cirage). Espèce de salaud, murmurais-je entre mes dents...
Source : René Furstoss, souvenirs recueillis par Guy Frank le 3 septembre 2003
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(photos Louis Krick, collection Fernande Gavillot)
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