A
Wintzenheim, ce panneau, apposé à l'angle de la rue qui porte son nom rappelle
que les soldats de la 5ème Division Blindée, soit seuls, soit avec
d'autres unités de la 1ère Armée Française ou de Régiments américains, sous le
Commandement des Généraux De Vernejoul et Schlesser, ont participé à la
Libération de la France au cours des combats suivants : Vosges (oct. 1944) -
Percée du front à Arcey (14 nov. 1944) - Héricourt - Montbéliard - Belfort -
Seppois - Ballersdorf - Dannemarie - Traubach-le-Bas - Traubach-le-Haut -
Guevenatten - Bretten - Soppe-le-Bas - Ammertzwiller - Gildwiller - Hecken -
Diefmatten - Pont d'Aspach - Bourbach-le-Haut - Thann - Leimbach - Aspach-le-Bas
- Le Bonhomme - Lapoutroie - Hachimette - Orbey - Kientzheim - Kaysersberg -
Ammerschwihr - Sigolsheim - Gambsheim (défense de Strasbourg, janvier 1945) -
Osthouse - Benfeld (bataille au sud de Strasbourg) - Jebsheim - Holtzwihr -
Wickerschwihr - Riedwihr - Wihr-en-Plaine - Urschenheim - Durrenentzen -
Widensolen - Horbourg - Andolsheim - Colmar (2 février 1945) - Wintzenheim
- Wettolsheim - Eguisheim - puis du Rhin au Danube et jusqu'au cœur de
l'Autriche.
(photo Guy Frank, 2004)
Le 1er février à 15 heures, je suis convoqué au P.C. du général commandant le 21e C.A.U.S. (Corps d'Armée américain). Le général Milburn m'annonce que l'autorisation lui a été donnée de libérer Colmar et me demande comment je conçois l'opération. Je réponds que mes éléments avancés seront le soir même à 15 km au sud-est de Colmar, séparés d'ailleurs de la ville par le cours de l'Ill dont le franchissement sera difficile et que l'opération vraiment payante consiste à maintenir une puissante pression devant Sundhoffen pour attirer au sud-est de Colmar les réserves de l'ennemi et même à faire croire à notre volonté de franchir l'Ill en tentant de lancer un pont dans cette région, cependant que le CC4 (Combat Command 4)*, tous moyens rassemblés (ils sont réduits à 23 chars et 5 tanks-destroyers), "se décrochera" et du sud-est se portera en plein nord de Colmar, attaquera du nord au sud, fera irruption dans la ville et interdira le débouché des routes venant de l'ouest et du sud. Il s'agit en somme de faire jouer la ruse en simulant une puissante attaque par l'est ; puis de retirer le CC4 très rapidement et dans le secret (par conséquent au cours de la nuit) pour donner le coup de poing au nord.
[...] Mais ce n'est pas une entreprise sans risques. Il va falloir décrocher en fin de journée, "passer la main" à des troupes américaines avec qui nous ne sommes en liaison que depuis 24 heures, faire demi-tour, parcourir 30 km par une nuit noire sur des chemins encombrés, verglacés, chargés de neige (une couche de cinquante centimètres de neige recouvrait la plaine, le thermomètre était aux environs de - 20°) et franchir le canal de Colmar, l'Ill et la Fecht par des ponts glissants, pour être, à l'heure où se lèvera le jour, demain, prêts à bondir sur Colmar !
[...] Le lendemain 2 février, à l'aube, ils sont tous aux lisières de la forêt, au nord de Colmar. Les fantassins du 109e Régiment d'Infanterie américaine partent à l'attaque. Cependant, comme je m'y attendais, à l'est de la route de Strasbourg, la résistance reste farouche. Des chars allemands sont signalés vers le cimetière, et toute progression dans cette direction est impossible. Nos équipages, extrêmement fatigués (ils n'ont eu le temps, ni de dormir, ni même de prendre la moindre nourriture), sont freinés par le fossé antichars. Cependant, peu après 9h30, un "trou" est enfin découvert dans le dispositif antichars : le peloton du lieutenant de Courson, qui est en tête, a trouvé, en se rapprochant de la route nationale 83, un chemin de terre bordant les excavations pleines d'eau d'une gravière et mal obstrué par la défense ennemie. Par la rue des Carlovingiens, il atteint la route de Strasbourg en évitant les barricades et obstacles construits à l'entrée nord de Colmar. Mais peu avant la caserne Macker, les chars de tête du sous-groupement B se heurtent à une très vive résistance allemande, et il faudra l'énergie et la hardiesse du commandant de Préval pour que son sous-groupement reprenne, à toute vitesse, le mouvement en avant.
Derrière lui, le sous-groupement C du commandant de Chambost, qui a rejoint la route de Strasbourg par la rue des Belges, rencontre lui aussi le "dur". Le sous-groupement A du colonel du Breuil s'engage à son tour dans "le trou". Le sous-groupement C assure sa sécurité jusqu'au sud du canal (Brennbächlein) en gardant toutes les issues de la route de Strasbourg, avant de nettoyer la caserne Lacarre. La colonne du colonel du Breuil défile en trombe. Après avoir traversé la ville, elle dépasse le sous-groupement B qui, à 12h30, a atteint son objectif à l'est de Wintzenheim. Le colonel du Breuil, appuyé par les unités du commandant de Préval, qui sera blessé au cours de l'opération vers 14 heures, conquiert vers 16h30 Wintzenheim où il fait de nombreux prisonniers. Dans la soirée, vers 18h, avec ses deux sous-groupements, il occupe Wettolsheim et Eguisheim.
- Le sous-groupement A, commandé par le lieutenant-colonel du Breuil, comprend : le 1er escadron de chars légers (capitaine Bouchard), le 3e escadron de chars moyens (capitaine Gauthier) du 1er Régiment de Cuirassiers, et la 5e compagnie (capitaine Boret) du R.M.L.E. (Régiment de Marche de la Légion Étrangère).
- Le sous-groupement B, sous le commandement du chef d'escadron Joseph de Préval, réunit : le 2e escadron de chars moyens (capitaine Dorance) du 1er Régiment de Cuirassiers, et la 6e compagnie (capitaine Simonet) du R.M.L.E.
- Le sous-groupement C, aux ordres du chef de bataillon de Chambost, est constitué par : le 4e escadron de chars moyens (capitaine Guibert) du 1er Régiment de Cuirassiers, la 7e compagnie (lieutenant Hallo) et la compagnie d'accompagnement (capitaine Carayon) du R.M.L.E.
Chaque sous-groupement dispose en principe d'un peloton (ou d'une section) du 3e escadron (capitaine Boileau) du 1er R.E.C. (Régiment Étranger de Cavalerie) avec des auto-mitrailleuses de reconnaissance, du 3e escadron (capitaine Chaumeil) du 11e Régiment de Chasseurs d'Afrique avec des T.D. (tanks-destroyers), et de la 2e compagnie (lieutenant Salvat) du 36e Génie.
Source : Le C.C.4 devant Colmar, Général Guy Schlesser, Annuaire de la Société d'Histoire et d'archéologie de Colmar 1995
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