WINTZENHEIM 39-45

2 février 1945 : la libération de Wintzenheim


La Libération a marqué la fin d'une guerre qui a duré 4 ans et demi et qui a coûté de nombreuses vies. Le 2 février 1945, l'occupant n'opposa qu'une faible résistance, la pièce était jouée. Les troupes alliées n'eurent pas grand mal à déloger l'ennemi. C'est à peine si quelques coups de feu furent tirés de part et d'autre. 

Wintzenheim

L'occupant y croyait jusqu'au dernier jour, comme le prouve ce titre du Kolmarer Kurier du 1er février 1945 :
"Wir kämpfen bis der Sieg unser ist !", Nous combattrons jusqu'à notre victoire !
(collection Paul Hirlemann)


Wintzenheim(photo Guy Frank, 2004)

Le 2 février à Wintzenheim

Le dénouement était proche. M. Tannacher et quelques résistants locaux, au cours d'une réunion secrète à Saint-Gilles, avaient appris du curé Vuillemin de Zimmerbach, lequel avait pu établir un contact avec les Alliés aux Trois-Epis, que "c'était pour bientôt". Dans les derniers jours de janvier, les Allemands firent mine de résister à Wintzenheim : des tranchées furent creusées, des arbres abattus en travers des routes, toutes sortes de chicanes élevées. Pour essayer d'enrayer l'avancée des troupes alliées, les Allemands érigèrent trois barrages antichars dans la rue Clemenceau, rue de Turckheim et rue du Logelbach. Ces barrages étaient érigés à l'aide de grumes et de pierres tombales provenant du cimetière israélite sauvagement saccagé. Même les morts n'échappaient pas à la barbarie des envahisseurs. La Wehrmacht allait-elle s'accrocher et provoquer une attaque en règle de la part des Alliés ?

M. Tannacher se souvint à ce moment de l'épisode de juin 1940, lorsque, déjà maire de la commune et face à l'envahisseur allemand qui approchait, il avait cherché le moyen de préserver Wintzenheim d'une destruction inutile. Après avoir soupesé le pour et le contre, il devait prendre une décision lourde de conséquence : demander au commandement français que la ligne de défense prévue à Wintzenheim fût déplacée dans la vallée de Munster. Ce qu'il obtint finalement, au grand soulagement de la population. 

Cependant, M. Tannacher, le 2 février 1945, n'eut pas l'occasion de subir un nouveau drame de conscience. "Le matin de cette journée, rappelle-t-il, j'entendis subitement frapper à la porte de ma maison. Une voix demanda en français : Y a-t-il des Allemands à Wintzenheim ? J'indiquai aux libérateurs, car il s'agissait de l'avant-garde de ceux-ci, le réduit ennemi du "Bierkeller". Mais les troupes allemandes étaient en train de fuir, en emportant leur batterie de canons. Ils pensaient échapper à l'encerclement en empruntant à Soultzbach-les-Bains la route vers le col du Firstplan, seul passage qu'ils estimaient encore libre pour trouver un chemin vers le Rhin. Tous furent faits prisonniers peu après dans la région de Rouffach."

En fait, les Alliés s'étaient emparés de Wintzenheim par surprise. Au lieu de déboucher de la vallée de Munster, où les Allemands les attendaient, ils vinrent avec leurs chars de Colmar et de Logelbach en coupant à travers les vignes. Le vignoble fut durement malmené par les nombreux blindés.

Enfin, le 2 février vers 16h15, les blindés français du sous-groupement A du lieutenant colonel du Breuil, appuyé par les combattants du sous-groupement B du commandant Préval* atteignirent les quartiers périphériques à l'Est du village et traversaient quelques minutes plus tard les rues de Wintzenheim sous les acclamations délirantes de la population. Une colonne de 20 chars Sherman, de chars de combat plus petits et d'auto-mitrailleuses, avait remporté la victoire. Ce fut un jour de liesse, car il marquait la fin d'une tragédie et des hostilités pour la population. 

L'accueil fait par la population aux libérateurs fut délirant, comme partout ailleurs. Dans la journée du même 2 février, des fonctionnaires de la préfecture, à Colmar, vinrent trouver M. Tannacher. Maire obligé par l'occupant de démissionner en 1940, il fut pressenti pour prendre derechef en main l'administration municipale. "Voulez-vous accepter à nouveau le poste de maire ? J'ai cherché mon écharpe de maire français, que j'avais conservée durant les années de l'occupation, et je m'en suis ceint".

Malheureusement, au-delà de la libération, la mort continua de rôder autour du village qui fut pendant plusieurs jours encore le point de mire des mortiers de la Wehrmacht. La cité connut de nombreux dégâts matériels et fut largement endeuillée. Le 1er février, on enregistra le décès d'Alice Schwartz. Après la Libération, trois enfants (dont les deux enfants Anthony) et plusieurs adultes furent encore blessés ou tués. Mais c'était là le dernier soubresaut de la guerre qui s'éloignait. Wintzenheim pouvait enfin songer à panser ses blessures.

Ce fut par la suite une série incessante de fêtes et de cérémonies, au fur et à mesure du passage dans la cité de nouvelles unités de l'armée de la Libération. Après avoir assuré le redémarrage de l'administration française à Wintzenheim, le maire de la Libération se démit de ses fonctions lors des élections d'octobre 1945. 

*Sous-groupements du CC4, Combat Command n° 4 du général Guy Schlesser, l'un des fers de lance blindés de la 5e DB du général Henri de Vernejoul, au sein de la 1ère Armée commandée par le général de Lattre de Tassigny.

Sources : - DNA du 24 et 26 janvier 1975, L'Alsace du samedi 2 février 1985, DNA supplément Janvier 1995, DNA du mardi 2 février 1999, DNA du vendredi 28 janvier 2000, DNA du 1er et 4 février 2003 


Wintzenheim : le détail des opérations

La libération de Wintzenheim, le 2 février 1945, se situait dans le prolongement de celle de Colmar. 

Vers 14h30, le sous-groupement B du CC4 de la 5ème Division Blindée arrivait à la hauteur de la Croix-Blanche, où le Commandant de Préval, dirigeant les opérations, fut très grièvement blessé au moment où il donnait l'ordre au Capitaine Dorance de prendre Wintzenheim, avec ses chars et la Légion. 

Le sous-groupement A, sous les ordres du Lieutenant-Colonel du Breuil, dépassait alors le sous-groupement B et progressait difficilement vers Wintzenheim. L'efficacité de la défense ennemie fut finalement annihilée par des tirs précis de 96 obus sur la ferme de Saint-Gilles et ses environs.

Par une manœuvre surprise et osée, le peloton de l'Adjudant-chef Raymond Malherbe (celui-ci se trouvait à bord du H.T. "Optimiste"), contournant à travers champs et vignes les obstacles de l'ennemi disposés en bordure du village, pénétrait le premier dans Wintzenheim vers 15h45. 

Traversant presque entièrement la localité, son peloton a été stoppé par un violent feu de "Minen" (mortiers allemands). Faisant mettre pieds à terre à ses soldats, le peloton de l'Adjudant-chef Malherbe pouvait ainsi assurer la défense et maintenir le contact en attendant les renforts.

L'arrivée du peloton des Destroyers du Lieutenant Guinard et des éléments portés prirent alors la suite des opérations ; et vers 16h30, l'arrivée du P.C. du Lieutenant-colonel du Breuil concrétisait la libération définitive de Wintzenheim.

Il est fort possible que le légionnaire Jean Barbuti, radio à bord du tank-destroyer M10 "Berthonval" du 1er REC (Régiment Étranger de Cavalerie), ait participé à la libération de Wintzenheim

Source : AMW 2H6 (4)


WintzenheimPhoto : sur le char "Alsace", place de l'église, Fernande Scherrer et Élise Kratzer (collection privée F.G.)

Quelques libérateurs de Wintzenheim

- Jean Rolland, de Colmar, écrit le 19 décembre 1974 : "Voici presque 30 ans que, dans l'après-midi du 2 février 1945, après avoir participé à la libération de Colmar, j'avais comme pilote de char l'honneur et la joie de prendre part à la libération de votre charmante cité...".

- Lors du 30ème anniversaire de la Libération, le général Guinard, fait citoyen d'honneur de la Ville de Wintzenheim, relevait qu'à travers la chaude amitié des habitants, Wintzenheim était l'une des deux communes dans la région (avec Orbey) qui lui avaient laissé des souvenirs ineffaçables et inoubliables.

- Lettre du Colonel de Préval, de Louveciennes, au Maire de Wintzenheim le 3 janvier 1975 : "Je vous remercie de garder un si fidèle souvenir de vos libérateurs du Sous-groupement B du CC4 de la 5ème D.B. Ma blessure reçue au carrefour de la Croix-Blanche le 2 février 1945, au moment où je donnais l'ordre au Capitaine Dorance (tué deux mois plus tard en Allemagne) de prendre, avec ses chars et la Légion, Wintzenheim, m'a causé et me cause encore bien des complications...".

- Lors du 35ème Anniversaire de la Libération, en 1980, le maire Siegel remet, au nom de la municipalité et en signe de reconnaissance, un parchemin à l'Adjudant-chef Raymond Malherbe du 1er Régiment de Cuirassiers qui, le premier, pénétra à Wintzenheim le 2 février 1945 vers 15h45, avec le peloton qu'il commandait. (L'Alsace du mardi 5 février 1980)

- Dans un courrier du 20 janvier 1985, le Commandant (E.R.) Christian Stoekle, de Baccarat, rappelle que c'est avec exaltation qu'il a participé à la libération de Wintzenheim le 2 février 1945 avec le Peloton de Mortiers de 81mm du 1er Cuirassiers. Raymond Malherbe, de Senones, était chef de peloton. Il avait comme adjoint le Maréchal-des-logis-chef Charles Raison. Parmi les pointeurs de mortiers, les Brigadiers Christian Stoekle et André Michaud.

Source : AMW 2H6 (3-4)



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