Le 12 décembre 2004, un article de Gérard Leser paru dans les DNA évoque les combats qui, il y a 60 ans, ont fait rage au Hohneck, un événement peu connu de l'histoire du second conflit mondial, baptisé «La Sidi Brahim des Neiges». En voici un court extrait :
Du côté allemand, c'est la consternation, il faut à tout prix reconquérir le Hohneck : «Die Lage am Hohneck ist schnellstens zu bereinigen» ( la situation au Hohneck est à «nettoyer» le plus rapidement possible ). Le Reichsführer SS Heinrich Himmler lui-même s'en mêle, il se trouve à ce moment à Wintzenheim, et le 9 décembre 1944, il donne l'ordre au Général Wagner qui commande la 269e Division d'Infanterie de s'emparer coûte que coûte du Hohneck.
Himmler aurait donc séjourné à Wintzenheim ? Interrogé sur ses sources, Gérard Leser, renvoie vers une recherche de Paul Deparis publiée dans l'Annuaire de la Société d'Histoire du Val et de la Ville de Munster, 2000, pp. 59-96. Dans cet article intitulé "Les cols vosgiens et la vallée de Munster dans la Poche de Colmar, 19 novembre 1944 - 9 février 1945", Paul Deparis dit, page 80 :
"Himmler en personne suivait la bataille du Hohneck depuis le PC de la 189ème division d'infanterie à Wintzenheim".
Voici quelques précisions sur la présence des Allemands à Wintzenheim en décembre 1944.
Début décembre 1944, des renforts allemands arrivent par les ponts de Neuf-Brisach et de Chalampé. Himmler obtient des moyens supplémentaires importants en hommes et en armement. Trois bataillons sont affectés aux combats dans le vignoble au nord de Colmar.
La 19e Armée allemande dépend alors du groupe d'armées "Oberrhein". Mais Himmler, chargé personnellement par Hitler de la direction de ce groupe d'armées, fait preuve d'une incompétence doublée de pratique de suspicion. Face à des généraux qui ont cinq ans d'expérience, il prétend expliquer comment il faut faire campagne. Il avait été éleveur de volailles avant de participer au putsch nationaliste de Munich en 1923.
Donc l'important pour l'histoire est de savoir que le 11 décembre 1944, à Wintzenheim, se trouvait encore le poste de commandement de la 189e division d'infanterie allemande du général Wiese. Himmler se mêle de tout pour préparer l'opération Habicht, qui devait débuter le 12 décembre. Mais cette opération sera un échec. Ammerschwihr, Bennwihr, et la côte 392 de Sigolsheim sont le théâtre d'affrontements meurtriers. Le mont de Sigolsheim change souvent de main et prendra le nom de Blutberg. Il porte aujourd'hui la nécropole nationale française. Elle rassemble 1584 tombes de soldats français tombés au nord de Colmar. Au cimetière allemand de Bergheim reposent 5307 soldats allemands. Wintzenheim l'a échappé belle.
Le 4 février 1945, la 16e Volksgrenadier Division basée dans la vallée de Munster décroche sans combat et en marche forcée par le col du Firstplan pour éviter l'encerclement. Le 1er bataillon de choc français et des Américains verrouillaient la vallée entre Turckheim et Wintzenheim.
D'après M. et Mme Jaeg, le PC allemand de Wintzenheim se trouvait rue Clemenceau.
Source : Paul Deparis, lettre à Guy Frank le 6 avril 2005
Vue de la rue Principale de Wintzenheim en 1942. A droite, la maison Alfred Meyer, 8 rue
Clemenceau, avec le jeune Marcel Meyer, né en 1937, sur le pas de la porte. A gauche, la
maison René Birgy, 11 rue Clemenceau, où se trouvait probablement l'État-major
allemand qui a reçu Himmler le 12 décembre 1944 (collection Marcel Meyer)
Cet État-major allemand ne se trouvait pas encore au Bierkeller. En effet, deux témoignages concordant signalent qu'un état-major allemand s'est installé au Bierkeller le vendredi 5 janvier 1945. Marguerite Liechty raconte dans son petit journal de guerre que " le vendredi 5 janvier, un état-major allemand s'est installé au Bierkeller. Kuci a été chassé de sa maison (famille de 11 personnes) ". Odile Bouvier, née Kuci, précise : " Je me souviens de ce Noël 1944 fêté dans notre cave du Bierkeller avec d'autres familles. Mais le 5 janvier 1945, en une matinée, tout le monde a du déguerpir, pour permettre à un état-major allemand de s'y installer. Il y resta jusqu'au 2 février 1945... ".
Source : Caves à bière - Le Bierkeller de Wintzenheim, Guy Frank, Jérôme Do Bentzinger Éditeur 2003
Georgette Jaeg se souvient que son père Joseph Humbert avait pu conserver ses chevaux pendant la guerre. Mais en contre partie, il était régulièrement réquisitionné par les autorités allemandes, et notamment pour transporter les troncs d'arbres utilisés pour la construction des barrages anti-chars. Il devait alors se rendre à la Ortskommandatur (d'r Stàb) qui se trouvait 11 rue Clemenceau à Wintzenheim, à droite de l'actuel Espace du Cheval Blanc (maison René Birgy).
Source : Georgette Jaeg née Humbert, propos recueillis par Guy Frank le 9 avril 2005
Cette information est confirmée par Marcel Meyer, qui a interrogé sa cousine, Cécile Gilg née Schwald. Celle-ci se souvient que pendant la guerre, la maison Alfred Birgy 10 rue Clemenceau, jumelée avec celle d'Alfred Meyer, était occupée par des Allemands. En face, la maison René Birgy, sise au 11 rue Clemenceau, abritait un état-major allemand. Celui-ci déménagera au Bierkeller le 5 janvier 1945, quand les bombardement alliés commenceront à s'intensifier. Cécile précise encore que dans un hangar situé derrière la Ortskommandatur, se trouvait un local où l'on enfermait les victimes de la répression avant leur transfert vers les prisons colmariennes où avaient lieu les interrogatoires "musclés".
Source : témoignage de Marcel Meyer recueilli par Guy Frank le 10 décembre 2005
Heeresgruppe Oberrhein
Reichsführer SS H. Himmler
(du 6 décembre 1944 au 28 janvier 1945)
64e Armeekorps Generalleutnant Thumm |
19e Armee General Wiese (jusqu'à la mi-décembre 1944) General Rasp (à partir du 18 décembre) |
63e Armeekorps Generalleutnant Schalk (jusqu'en décembre 1944) Generalleutnant Abraham |
16e Volksgrenadier Division (VGD) Genaralmajor Mitz (jusqu'en janvier 1945) Oberst Moeckel |
198e Infanterie Division (ID) Generalmajor Schiel (jusqu'en janvier 1945) Generalmajor Barde |
708e Volksgrenadier Division (VGD) Oberst Fleckmann (jusqu'en janvier 1945) Oberst Muller |
159e Infanterie Division (ID) Generalmajor Burcky |
269e Infanterie Division (ID) Generalmajor Wagner (relevée du front le 2 janvier 1945) |
716e Infanterie Division (ID) Oberst Haffner |
189e Infanterie Division (ID) Oberst Zorn |
338e Volksgrenadier Division (VGD) Generalmajor Von Oppen |
2e Gebirgsjager Division (GJD) Generalmajor Degen (à partir du 15 janvier 1945) |
Unités de réserve :
106e Panzerbrigade "Feldherrnhalle"
S. Panzer-Jager-Abteilung 654
Sturm-Geschutz-Brigade 280
30e Waffengrenadier Division der SS
Dates à retenir :
6 décembre 1944 : Le Reichsführer Himmler prend en personne le commandement
des troupes allemandes engagées dans la Poche de Colmar.
Source : L'Alsace se libère, 60 ans après, la Libération racontée par ceux qui l'on vécue, L'Alsace 2004
Marguerite Freyburger se souvient que leur maison familiale située sur la place, en face de la mairie de Wettolsheim, avait été réquisitionnée par l'armée allemande en décembre 1944 / janvier 1945, et jusqu'au 2 février, pour loger le général allemand Siegfried Rasp (1886-1968), commandant la 19e Armée sur la place de Colmar, avec son adjoint, deux ordonnances et une sentinelle. Leur intendance était assurée au restaurant Harrer.
Le général était originaire de Fillingen, et retournait chez lui de temps à autre. Il sentait que l'Allemagne était sur le point de perdre la guerre. Un soir, après avoir disparu depuis plus de 48 heures, il fut ramené à Wettolsheim par Himmler en personne. C'est l'ordonnance qui a rapporté l'anecdote à la famille Freyburger, ajoutant avoir reçu une de ces montres que Himmler avait l'habitude de distribuer généreusement autour de lui.
Marguerite croit savoir également que Himmler aurait passé une nuit à Eguisheim.
Source : Marguerite Freyburger, témoignage recueilli par Guy Frank le 10 avril 2005
Heinrich Himmler (1900-1945)
Extraits d'un site Internet (qui ne cite pas ses sources) :
6 décembre 1944 : Bref, le moral de la population est fragile. Les militaires, eux, sont fatigués de quatre mois de campagne ininterrompue. Le temps est pourri et, pour tout arranger, Himmler vient, en personne, prendre le commandement des troupes allemandes opérant dans la poche de Colmar.
7 décembre 1944 : Mais en face (côté allemand), l'ennemi se renforce. Depuis 48 heures, des renforts arrivent par les ponts de Neuf-Brisach et de Chalampé. Pas moins de trois bataillons sont affectés aux combats dans le vignoble. Himmler obtient des moyens supplémentaires importants en hommes et en armement.
9 décembre 1944 : En face (côté allemand), avec les renforts rameutés par Himmler, l'ennemi compte maintenant neuf divisions et deux brigades de Panthers. L'armement allemand est souvent supérieur au matériel américain, en particulier pour ce qui concerne les blindés.
Le principal handicap de l'armée allemande dans ce secteur réside dans l'ambiance exécrable régnant au commandement. Himmler, chargé personnellement par Hitler de la direction du corps d'armée "Oberrheim", fait preuve d'une incompétence doublée de pratique de suspicion. Face à des généraux qui ont tout de même cinq ans d'expérience, il prétend expliquer comment il faut faire campagne. Après chaque combat, il ordonne des enquêtes comme si, de haut en bas de la hiérarchie de la 19e Armée, l'ensemble des officiers étaient des lâches ou des saboteurs. Seul l'officier national-socialiste (NSFO) du groupe d'armée jouit de son entière confiance et voit ses pouvoir augmentés. Le général Wiese, professionnel confirmé, auquel de Lattre a rendu hommage, n'attend qu'une seule chose; être relevé de son commandement. Il le sera dès le 16 décembre.
11 décembre 1944 : Ce sont les prémices de
l'opération Habicht (autour, oiseau rapace). A Wintzenheim,
au poste de commandement de la 189e division d'infanterie allemande, le
commandant en chef (le général Wiese est encore là) et les chefs de corps des
divisions mettent la dernière main au plan d'attaque et aux préparatifs. Il y
a là le fameux colonel Zorn, celui même qui a infligé le 3 décembre un véritable
désastre aux troupes françaises à Pont-du-Bouc.
Une tension certaine règne au PC : Himmler,
qui se mêle de tout dans les moindres détails, sera présent demain, début de
l'opération Habicht.
12 décembre 1944 : Plus bas, dans le vignoble, la situation ne s'améliore pas. l'opération Habicht lancée par la 19e Armée allemande vise à couper aux Alliés la seule voie d'accès aux renforts venant des Vosges. C'est la 36e division d'infanterie US qui est particulièrement visée : l'offensive allemande doit la prendre en tenaille. Himmler est au PC de Wintzenheim ; il y passe la journée. Ses rapports avec les officiers allemands qui, eux sont de véritables professionnels, continuent à se dégrader.
13 décembre 1944 : La présence du Reichsführer Himmler (investi de tous les pouvoirs par Hitler) au PC de la 19e armée allemande, pèse lourdement sur le déroulement de l'opération Habicht. Le 64e corps d'armée s'est vu ordonner de prendre, dans la nuit du 12 au 13, Mittelwihr et les hauteurs de Sigolsheim. [...] En fin de journée, Ribeauvillé est préservé d'un retour des Allemands mais ceux-ci, Himmler oblige, sont décidés à poursuivre l'offensive.
14 décembre 1944 : Quand aux Allemands, l'on peut supposer que l'insuccès reconnu de l'opération Habicht les a quelque peu douchés. Dans ce dernier cas, c'est compter sans la pugnacité de Himmler, toujours physiquement présent dans la poche de Colmar, et qui stimule les cadres de la 19e Armée en les menaçant.
15 décembre 1944 : L'échec de l'opération Habitch irrite Himmler, qui commande toujours les opérations directement depuis Colmar. Il entend galvaniser la 19e Armée allemande, qui a été renforcée.
Source : http://www.witzgilles.com/bataille_colmar_20janvier.htm
Page 344. Le 7 décembre 1944, Heinrich Himmler en personne vint à Colmar et, de concert avec les généraux, donnait l'ordre que la tête de pont de Colmar fût maintenue à n'importe quel prix. Elle devait servir de base de départ pour une offensive contre Strasbourg par le Sud, combinée avec une attaque lancée du Nord. Cette fameuse tête de pont, ou poche de Colmar dont on parlera encore pendant six semaines, était assez considérable. [...] Himmler avait, lors de son séjour à Colmar, promis des renforts importants pour la tête de pont. En effet, la division SS Feldherrnhalle, une des meilleures de l'Allemagne fit bientôt son apparition à Colmar.
Page 345. Himmler, qui avait pris le commandement des armées combattant en Alsace, voulait à tout prix remporter un succès sur " la vieille terre allemande ".
Toutes ces sources, ces témoignages, semblent confirmer que le Reichsführer Himmler a bien été présent à Wintzenheim aux alentours du 12 décembre 1944, et ce probablement dans les locaux d'un état-major qui s'était installé 11 rue Clemenceau.
Mais il est bien évident aussi que les commandements allemands, cibles prioritaires des bombardements alliés, ne s'affichaient pas au grand jour, et que les officiers supérieurs ne se déplaçaient que dans la plus grande discrétion. De ce fait, il est probable que la population de Wintzenheim, qui vivait en partie dans les caves et dans les abris, ignorait la présence de cet état-major ennemi dans la cité.
Peut-être que la publication de cet article ravivera des souvenirs. Peut-être aussi trouvera-t-on un jour un document ou un indice qui confirmera la présence un jour de décembre 1944 de Himmler à Wintzenheim, ou plutôt à Winzenheim sans "t", comme l'orthographiaient les Allemands durant ces sombres années d'occupation...
Guy FRANK, Enquête sur la présence de Himmler à Wintzenheim en décembre 1944, Annuaire de la SHW N°10 - 2006
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