François WEINMANN : famille transplantée en AllemagneNé le 7 mars 1906 à Wintzenheim, François Weinmann est un résistant transplanté et déporté dans le cadre de la Umsiedlung, sanction prononcée contre les réfractaires alsaciens au régime nazi et à l’annexion de l’Alsace. En 1940, il est domicilié avec sa famille au 10 place de la République et, en 1943, au 12 de la Schlangengasse (rue Serpentine). La notice publiée en 2016 par l’AERIA présente l’action de François Weinmann dans la Résistance alsacienne par les lignes suivantes : « Profession : Manoeuvre - Domicile : Wintzenheim (Haut-Rhin). Arrêté par les Allemands pour avoir refusé de signer son engagement dans la Police allemande, interné au camp de Schirmeck et libéré le 15 août 1942 ». À la lumière de récentes recherches, cette déclaration demande à être réexaminée. La profession d’abord. La Zivilverwaltung im Elsass, l’administration civile allemande en Alsace incorpore François Weinmann dans la police auxiliaire. La résistance de François réside dans le refus de servir dans la Sicherheitspolizei, la SiPO-SD, la police de sûreté dont la mission est de protéger le Troisième Reich et sa politique contre les opposants et qui de ce fait comportait un service de renseignements bien connu : la Gestapo. Refuser de s’engager dans la SS fait de François un réfractaire, sanctionné par la déportation. En effet, les archives municipales de Wintzenheim conservent une vingtaine de cartons pour la Deuxième Guerre mondiale. Marie-Claude ISNER a examiné de plus près les quatre dossiers contenant les pièces relatives aux déportés, internés et sinistrés (3H5). La chercheuse a repéré un courrier au nom du Reichsführer SS et Reichsleiter de la police, émis au nom du chef régional de la SiPO-SD, qui annonce, le 18 septembre 1943 au Bürgermeister de Winzenheim (sic), l’interdiction de séjour en Alsace (Aufenthaltsverbot) et la transplantation dans le Reich de Franz Weinmann, journalier, de son épouse Emilie Gully et de leurs deux filles Raymunde (Raymonde, née en 1933) et Martha (Huguette, née le 20 avril 1940 à Wintzenheim). Cette mesure a été exécutée six semaines auparavant, le 28 juillet 1943. La carte de rapatriée établie au nom de Huguette confirme cette date. Dans un premier temps, la famille a été déportée au camp de Schelklingen (arrondissement de Sigmaringen), un camp de triage et de rééducation pour Volksdeutsche récupérables, où les internés travaillent à la cuisine ou dans des ateliers de récupération de vêtements et d’objets (lunettes, jouets) provenant des camps d’extermination. Au camp de Schelklingen, les enfants étaient livrés à eux-mêmes, sans école. La famille a ensuite séjourné à Isny (Bavière) où François a été astreint au travail dans une usine, jusqu’à la fin du mois d’avril 1945. Libérée le 28 avril 1945, la famille est de retour au domicile le 1er juin 1945, donc quatre mois après la libération de Wintzenheim. Elle a vécu le même sort que les autres familles transplantées-déportées, c’est-à-dire un premier placement dans un camp de personnes déplacées, avant une résidence libre mais contrôlée. En somme, après son arrestation le 18 mars 1942 à Strasbourg et son internement au camp de rééducation de Schirmeck, François subit l’expulsion d’Alsace, le placement dans un camp puis la résidence forcée en Allemagne avec sa famille jusqu’en mai 1945 inclus. Soit un an et neuf mois de déportation. La recherche en cours consiste à présent à espérer trouver des informations complémentaires sur cette transplantation-déportation au Service Historique de la Défense de Caen où figure un dossier au nom de F. Weinmann et, s’il se peut, auprès de la commune et des archives d’ISNY. Ces deux démarches sont en cours. Société d’Histoire de Wintzenheim, Daniel Morgen, Guy Frank, Marie-Claude Isner Sources : |
En 1960, la commune de Wintzenheim a adressé au Comité d'Histoire de la Seconde Guerre Mondiale un état, probablement incomplet, des habitants condamnés par les nazis. Cette page apporte un exemple de concitoyens, mais ils n'étaient pas les seuls, qui ont refusé de se soumettre au joug de l'occupant, et qui ont enduré pour cela la prison ou la déportation pendant des mois ou des années.
WEINMANN François, arrêté le 18.03.1942 à Strasbourg.
Source : AMW 3H5(1)
François
Weinmann
(collection Huguette Poellen, née Weinmann)
Mariage de WEINMANN François et GULLY Marie-Emiilie à Wintzenheim le 11 janvier 1929.
(collection Huguette Poellen)
La famille François WEINMANN était domiciliée successivement :
- 10 place de la République (1940) chez les parents de François
- rue Serpentine
- 4 rue de la Porte-Haute (1943)
La famille Weinmann habitait à l'époque 4 rue de la Porte Haute, à l'arrière des 2 maisons donnant sur l'actuelle place de la Porte Haute.
(photo Séverine Conte, 2024)
Place de la Porte Haute en 1914. A gauche, Mmes Kempf huilerie et Lauber
(Photothèque SHW 1063)
- WEINMANN François, né le 07.03.1906 à Wintzenheim, domicilié 4 rue de la Porte Haute (décédé le 05.09.1983 à Colmar)
- son épouse : WEINMANN Emilie, née GULLY, née le 31.07.1908 à Wintzenheim, domiciliée 4 rue de la Porte Haute (décédée le 28.01.1979)
- leur fille : WEINMANN Raymonde, épouse ZIND Jean-Paul, née le 04.07.1933 à Wintzenheim, domiciliée 4 rue de la Porte Haute (décédée le 11.02.2012)
- leur fille : WEINMANN Huguette*, épouse POELLEN Jean-Claude, née le 20.04.1940 à Wintzenheim, domiciliée 4 rue de la Porte Haute (en vie
en 2024)
* En 1941, le commissaire de Colmar a germanisé son prénom : Huguette est devenue Martha.
Source : AMW 3H5(1)
Après la guerre est encore née une 3ème fille :
- WEINMANN Arlette, épouse MAURER Gérard, née le 05.12.1950 à Turckheim (en vie
en 2024)
Isny im Allgäu est une ville allemande de Bade-Wurtemberg située dans le district de Tübingen.
Wintzenheim. François Weinmann est revenu depuis peu dans sa patrie. En juillet 1943, il avait été déplacé en Allemagne avec sa famille. François Weinmann avait été appelé le 1er janvier 1942 dans la police auxiliaire à Strasbourg, où on l'invita à passer dans les rangs des SS, ce qu'il refusa toutefois. Le 18 mars 1942, il fut fait prisonnier et interné au camp de Schirmeck, où il dû subir 10 interrogatoires, et où on le somma encore et encore de s'engager dans les SS, ce qu'il refusa à chaque fois. Il quitta Schirmeck en septembre 1942. En juillet 1943, il fut transplanté avec sa famille à Scheklingen, et plus tard, il trouva du travail dans une usine à Isny (Allgäu). Il fut libéré le 28 avril 1945, et revint avec sa famille à Wintzenheim, où la population lui réserva un accueil enthousiaste.
Source : Le Nouveau Rhin Français du mercredi 6 juin 1945
Huguette a été déportée en Allemagne le 27 juillet 1943. Elle avait 3 ans, et n'est revenue
d'Isny que le 1er juin 1945.
En 1960, elle a reçu la Carte de Patriote résistant à l'occupation incarcéré en camps spéciaux.
(collection Huguette Weinmann)
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