WINTZENHEIM 39-45

Les expulsions


Francophiles et juifs

Pour une très grande partie d’entre eux, les juifs des communes alsaciennes sont expulsés de l’Alsace annexée à la mi-juillet 1940. Ils doivent quitter leur domicile, abandonner tous leurs biens automatiquement mis sous séquestre et confisqués. Ils sont autorisés à emporter une valise par personne, 2000 F par adulte et 1000 F par enfant. En général, les Haut-Rhinois commencent par être acheminés par camions à Cernay, et regroupés à l’Institut Saint-André où ils passent la nuit sur la paille. Les tsiganes restés en Alsace connaissent le même sort. La SS a mis la main sur l’Institut Saint-André, et l’a transformé en centre de formation de la SS.

La procédure d’expulsion touche aussi d’autres Alsaciens dans les mêmes conditions matérielles et selon la même procédure : ce sont ces « francophiles » qui avaient constamment manifesté leur attachement à la France et surtout leur opposition à l’Allemagne après la prise du pouvoir national-socialiste de Hitler et de ses affidés. Dans cette catégorie de francophiles, on trouve aussi des déserteurs de la Première Guerre mondiale qui avaient refusé de rejoindre l’armée allemande et s’étaient engagés dans l’armée française. Le régime nazi les a repérés dans les publications politiques et syndicales françaises, dans la presse, dans les livres, ce qui conforte l’hypothèse que des milieux allemands influents, dont des nostalgiques expulsés en 1919, avaient préparé la nouvelle annexion de l’Alsace.

Le lendemain de l’arrestation, la SS fait monter les expulsés, francophiles, juifs ou tsiganes, dans un train en gare de Cernay et les quitte à la ligne de démarcation, sans doute à Poligny, sur la ligne ferroviaire Strasbourg-Lyon-Marseille. Certains descendent du train à Lons-le-Saunier, d’autres à Lyon, selon le département d’accueil prévu par le gouvernement français. Les principales expulsions groupées ont lieu le 17 juillet et le 14 décembre 1940.

Le gouvernement français de collaboration donne l’ordre aux départements de les accueillir. Ces personnes s’ajoutent à celles évacuées entre septembre 1939 et mai 1940 ou qui s’étaient réfugiées de leur propre initiative dans la zone française non occupée. Dans ce contexte historique, <expulsion> et <interdiction de séjour> recouvrent des réalités analogues pour les familles. La police allemande, présente sur la ligne de démarcation, interdit aux personnes indésirables – juives, francophiles ou tsiganes – de rentrer en Alsace, ne serait-ce que pour protéger leurs biens. De toute façon, l’administration civile allemande les leur a confisqués dès son arrivée, se les approprie ou les met en vente. Elle applique de facto à ces hommes et femmes, et par la seule loi du plus fort, l’interdiction de séjour dans leur province.

Les familles juives qui s’étaient réfugiées dans la zone occupée n’y sont plus en sécurité. Plus de 5 500 juifs se réfugient aussi à l’automne 1940 au sud de la ligne de démarcation, dans la zone non occupée. Loin de garantir leur sécurité, les autorités françaises les font arrêter et transférer au camp de Gurs (Béarn). Le 11 novembre 1942, l’armée allemande envahit la zone sud, le danger réapparaît. C’est à ce moment-là que de nombreux juifs et de nombreuses familles juives tentent de passer en Suisse. Pas toujours avec succès, parce qu’à la frontière suisse, les refoulements oscillent entre 5 et 10% des tentatives de passage et, qu’en décembre 1942 et en janvier 1943, les autorités suisses ferment même leurs frontières. Mais le danger essentiel est allemand : le commandement régional de la Sipo-SD à Lyon a donné l’ordre d’arrêter les juifs. Les autorités françaises les livrent à la SS. Le sursis, pour eux, viendra de janvier à décembre 1943 avec l’occupation italienne à l’est du Rhône. Un sursis seulement, avant la libération progressive du territoire.

Société d’Histoire de Wintzenheim, Daniel Morgen

Sources :
- Ruth Fivaz-Silbermann (2020). La Fuite en Suisse. Calmann-Lévy. Les juifs à la frontière franco-suisse durant les années de « la Solution finale ». 1448 p. (Voir encarts, cartes et tableau des passages, p. 726-727).
- Marie-Claude Pelot (2021) : La ligne de démarcation : le Jura sous haute tension 1940-1943. Cabédita. Bière (Jura vaudois, Suisse).
- Jean-Laurent Vonau (2020) : L’Alsace annexée 1940-1945. Eckbolsheim-Strasbourg, Éditions du Signe.


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