Wintzenheim a souffert de la guerre. La ville, c'est vrai, n'a pas été détruite comme l'ont été les villages de Bennwihr, de Mittelwihr, ou d'Ammerschwihr. Mais Wintzenheim a souffert dans sa chair, et je n'en citerai que trois exemples :
- de nombreuses familles ont perdu l'un des leurs, un père, un frère, un fils, tombé sous l'uniforme français, ou pire, enrôlé de force dans l'armée allemande et mort ou disparu sur le front de l'est,
- notre population n'a jamais perdu espoir, et malgré les menaces de répression, a tenu tête à l'occupant. Mais trop nombreux sont ceux, résistants, insoumis, qui sont morts pour leurs idées, ou d'autres encore, victimes de la haine raciale, qui ont gardé à jamais les séquelles de leur séjour dans les prisons et dans les camps,
- l'évènement le plus tragique, celui dont se souviennent tous les anciens, fut la terrible nuit du 12 au 13 janvier 1945, au cours de laquelle un incendie provoqué par les tirs d'artillerie américains a fait 14 victimes parmi les pompiers et les civils, et laissé plusieurs familles totalement démunies.
Pendant les combats de la Poche de Colmar, de nombreuses maisons furent détruites ou endommagées. Après avoir connu la mise au pas et le rationnement, nos habitants connaissent la peur et se terrent dans les caves en attendant l'arrivée des libérateurs.
La guerre, on le voit, n'a pas épargné notre commune. Et pourtant, le bilan aurait pu être bien plus lourd. Par trois fois, en effet, notre cité a échappé au pire :
- le 18 juin 1940, le maire a réussi à faire reculer les troupes françaises dans la vallée de Munster pour éviter un affrontement dévastateur dans les rues de Wintzenheim lors de l'arrivée des Allemands,
- en novembre 1944, la mort de deux gendarmes aurait pu provoquer des représailles sanglantes. Pendant des semaines, la population à tremblé à l'idée que des otages pourraient payer de leur vie le drame du Hohlandsbourg,
- en janvier 1945, l'aviation française devait bombarder le Bierkeller qui abritait un état-major allemand et l'usine d'armement Schiele (site Jaz) où travaillaient 350 personnes, celle-la même où le Groupe de Chasse Ardennes viendra cantonner quelques mois plus tard. La mission a d'abord été retardée, puis fut abandonnée en raison du mauvais temps persistant.
Heureusement, la Libération, le 2 février 1945, a mis un terme à toutes ces horreurs. Les chars libérateurs sont entrés dans Wintzenheim sans vraiment rencontrer de résistance et la joie a éclaté dans les maisons et dans les rues. Cependant, les jours suivants, d’autres familles furent endeuillées par l’annonce de la perte d’un être cher tombé au front, ou par la mort de victimes innocentes tuées par les engins explosifs qui parsemaient la campagne.
Ce document est un hommage à tous ceux qui sont morts pour que nous retrouvions notre identité et notre liberté.
Guy Frank, 10 septembre 2004
P.S : fidèle à mon habitude, j'ai renoncé à toute rémunération pour la réalisation de ce livre. Réunir ces documents et ces témoignages a constitué pour moi un réel plaisir, j'ai rencontré des gens passionnants, et cela ne peut pas se monnayer. Mes droits d'auteur ont été partagés entre la Société d'Histoire de Wintzenheim et le Club de l'Amitié (Plauderstund ewer Wenzena)...
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